Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

L'Aid el Adha en Belgique : une initative qui dénote

Publié par anthropohumanisticienne critique

A l’approche de la Fête du mouton, la grande fête (Aïd el Kebir) ou la fête du sacrifice (Aïd el Adha), l’association de protection des animaux Gaïa n’a pas manqué de soulever la problématique de l’abattage rituel sans étourdissement. Un spot, envoyé à des hommes et femmes politiques belges, et ensuite diffusé sur les chaines radio national, rendait compte de la cruauté d’un tel mode d’abattage (ce lien pour entendre le spot : http://www.lalibre.be/light/societe/abattage-rituel-campagne-choc-de-gaia-525cdfea357090649b79b4fd ; ce lien vers la campagne de Gaïa : http://www.gaia.be/fr/campagnes/abattages-sans-tourdissement-souffrances-pour-une-tradition). Selon Gaïa, et d’autres institutions s’opposant à l’abattage rituel sans étourdissement, l’abattage « en pleine conscience » occasionne des souffrances inutiles et évitables aux animaux et témoigne d’un manque de respect envers les animaux.

L’association Green Halal a pourtant initié une tentative de concilier respect des animaux et respect des convictions religieuses. Ayant comme principal objectif la réduction de la consommation carnée (consommer moins mais de meilleure qualité), Green Halal présente ses valeurs et diffusent des informations sur un blog (http://greenhalal.over-blog.com/) et propose des colis de viande de bœuf une fois par mois. A l’occasion de l’Aïd el Adha, les deux membres fondateurs, Merieme et Gerlando, invitent les membres à réserver un mouton.

La description du jour de sacrifice permet de présenter les principes qui sous-tendent cette action. L’abattage rituel a eu lieu le jeudi 18 octobre dans un abattoir temporaire de province. Cinq membres de l’abattoir assuraient le dépeçage des moutons sous la surveillance d’un vétérinaire. Celui-ci prenait notamment note du numéro d’identification des moutons et du poids de leur carcasse. Un sacrificateur était venu de Bruxelles pour égorger les animaux. Ce dernier doit obligatoirement montrer son certificat de sacrificateur, délivré par l’Exécutif des Musulmans de Belgique. 27 moutons, principalement de race Texel et Limousin. Sorti de l’enclos, un mouton parcoure environ 7 mètres, sur ses quatre pattes et encadré par Gerlando et un membre de Green Halal, entre en marche arrière (le plus souvent porté) dans la salle de jugulation, est mis sur le dos sur une table spéciale. Le sacrificateur l’égorge alors, et attend bien trois minutes avant de le passer aux dépeceurs.

Premier principe, le sacrifice rituel a lieu le troisième jour de la fête (le 18 octobre cette année), et ce pour éviter la cohue des premiers jours. Le sacrificateur rencontré le 18 octobre m’a fait part du chaos régnant à l’abattoir temporaire où il s’est rendu le premier jour. Les moutons étaient égorgés quatre par quatre, et le sang coulait partout. Or, sacrifier le troisième jour est tout à fait licite dans la religion musulmane. Le 18 octobre, les moutons de Green Halal ont bénéficié d’un abattoir pour eux seuls. Cependant, le fait que le sacrifice ait lieu le troisième jour n’atténuait en rien le caractère festif. Les membres de Green Halal sont venus en famille choisir leur mouton, et ont fait la photo souvenir avec l’animal choisi.

Ensuite, le respect animal est au cœur de la démarche. Les animaux sacrifiés sont « bio », sains. Ils ont été élevés au grand air et n’ont reçu aucun antibiotique. Certains membres rencontrés à l’abattoir précisent qu’ils achètent de la viande chez Green Halal notamment pour sa qualité bio. Etant satisfaits du bœuf qu’ils achètent d’habitude, beaucoup ont décidé de prendre un mouton. La consommation « bio » fait donc partie, si pas du quotidien, du moins des préoccupations de nombreux membres. Une membre affirme que son mouton sera entièrement éthique, car il a été élevé de manière saine, égorgé de manière respectueuse, et sa viande être partagée équitablement (1/3 à une association, et les 2/3 lors d’une grande fête avec la famille).

De plus, les moutons ont reçu un traitement homéopathique à base de plante (TIVAPA : Tilleul, Valériane et Passiflore) la veille du sacrifice. Le jour-même, Gerlando les masse avec de l’huile essentielle de lavande afin de les apaiser. Gerlando affirme à plusieurs reprises que le respect des animaux compte plus que tout, et que ces 27 moutons sacrifiés ont vraiment été chouchoutés. Il veille entre autre à ce que la salle de jugulation soit entièrement nettoyée entre chaque mouton afin que l’arrivant ne voie pas le sang de son congénère sacrifié. Une cloison mobile sépare la salle de jugulation de l’étable où attendent les moutons, afin d’atténuer autant que faire se peut les bruits provenant cette salle et d’empêcher les moutons de voir ce qui s’y passe.

Pourtant, Gerlando n’est pas dupe. L’abattage qu’il propose n’est pas 100% éthique. Les moutons, voyant le troupeau se réduire au fur et à mesure que la matinée s’avance, sont de plus en plus agités. Aussi, un abattage éthique et respectueux implique une perte de temps (moins de moutons sont égorgés que lors d’un abattage rituel industriel) et de rentabilité (il faut vendre la viande plus cher). « Ethique et rentabilité ne vont pas ensemble» affirme Gerlando.

Question éthique toujours, l’étourdissement des animaux avant leur mise à mort fut au centre de quelques discussions. Pour rappel, en Belgique, l’étourdissement des animaux (volaille, ovins, porcins, bovins) est obligatoire avant tout abattage, excepté dans le cadre des abattages rituels. Selon les principes musulmans, un animal doit être pleinement conscient avant son égorgement et doit mourir de la perte de sang. Ainsi, un membre faisait part de ses doutes quant à la possibilité pour des poulets de survivre à l’électronarcose (électrocution par des bains électriques). Gerlando quant à lui affirmait que l’étourdissement, ante ou post mortem, occasionne une souffrance supplémentaire à l’animal, alors qu’un abattage éthique et respectueux sans étourdissement provoque peu de stress.

L’abattage de tout animal reste un moment de stress et de violence. Néanmoins, des initiatives comme celle de Green Halal méritent d’être soulignées dans leur effort de concilier convictions religieuses, santé humaine, et respect des animaux.