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Local, global et globalisation

Publié le par anthropohumanisticienne critique

 Globalisation, local, global. Trois termes victimes d'une utilisation abusive en anthropologie (mais pas uniquement), mais non moins débattus quant à leur définition, leur portée descriptive et/ou analytique,… Dans le cadre du séminaire, je propose une réflexion publique au sein de l'agora du douzième, réflexion déjà entamée par certains d'entre nous, partant de l'idée que deux têtes valent mieux qu'une. Après avoir présenté trois grandes théories de la globalisation, à savoir le système monde, les flux et disjonctions, et une approche critique de la globalisation1, je présente trois approches qui tentent d'articuler le local et le global dans le cadre de la recherche en sciences sociales, et plus particulièrement en sociologie et en anthropologie. Il ne s'agit pas ici de prendre parti pour l'une ou l'autre de ces approches et de la défendre bec et ongles, mais d'amorcer une réflexion critique et de discuter de leur pertinence dans le cadre de nos recherches respectives. En guise de conclusion (si on peut parler de conclusion pour cette communication), je jette en pâture des définitions, ou tentatives de définitions, et les laisse aux bons soins de votre réflexion afin d’en débattre ensemble. Globalisation : origine et contextualisation théorique Traditionnellement, l’origine du mot "global" est accordée à Marshall McLuhan (1967) dans son ouvrage The Medium is the Message : dans le cadre d’une théorie de la communication à l’ère de la modernité, McLuhan montre la suprématie de l’information audiovisuelle sur l’écrite. Il en résulte un monde de micro-sociétés unifiées, tels les quartiers d’un même village, par les médias de masse. Ces derniers créent un réseau entre les êtres humains, leur permettant de récupérer des informations à tout moment et en tout lieu, donnant ainsi l’impression d’appartenir à un même endroit virtuel. Cette première approche contient déjà des éléments qui seront par la suite développés dans les théories de la globalisation : les médias de masse, le réseau, l’unification du monde, le rôle de l’imagination (impression d’appartenir à une seule communauté imaginée, pour reprendre Anderson). Actuellement, les utilisations du terme "globalisation" se comptent difficilement sur les doits d’une main (voire des deux, voire de plus de deux, ce qui est assez inhumain…). Mais toutes les théories de la globalisation tournent autour de quatre éléments : son aspect systémique, son impact sur les individus, sa relation avec les Etats-nations, son universalité (partage d’une humanité commune). Le passage en revue de trois théories, parmi d'autres, permet de situer les trois articulations du local et du global présentées dans la section suivante. Une première théorie, d’obédience néo-marxiste et de perspective macro, aborde la globalisation en termes de système-monde. C’est l’approche défendue, entre autres et parmi les plus célèbres, par Wallerstein et Friedman. Wallerstein (2006) s’est posé la question de la structuration du monde et de son histoire. Il y répond par la mise en place, depuis le 16ème siècle, d’une économie monde autour du capitalisme. Quatre noyaux structurent cette diffusion du capitalisme : une division du travail à l’échelle planétaire instaurant des relations de subordination entre Etats forts (le centre) et Etats faibles (la périphérie), l’existence de cinq formes de revenus (salariat, activités de subsistance, production marchande simple, rente et revenus de transfert), la diffusion d’universalismes (rejet des particularismes), les systèmes inter-étatiques qui permettent la circulation des marchandises (pas de système-monde sans les Etats-nations). Cette économie politique historique met donc l’accent sur les relations de pouvoir entre le centre et la périphérie, autour de la production et la consommation de biens économiques. Friedman (1994) y ajoute une dimension culturelle : l’infrastructure (production économique) est le moteur de l’histoire, et la superstructure (culture) en est la conséquence. Selon lui, le système-monde est une arène caractérisée par un imaginaire de la globalisation et des relations entre centre et périphérie Par imaginaire, il entend que la globalisation s’est imposée comme cadre analytique : ce n’est pas le monde qui a changé, mais la perception du monde. Les relations entre le centre et la périphérie suivent quant à elles un mouvement cyclique : un centre économique émerge, assied sa domination économique avant de décliner et de laisser place à des nouveaux centres issus de la périphérie. Ce qui n'est pas sans impacts culturels : simultanément à une hégémonie économique, le centre impose une domination culturelle (projection d’un modèle culturel unique), et son déclin entraîne une fragmentation culturelle. Il n’y a donc pas de créolisation culturelle ni de cosmopolitisme, mais succession de modèles dominants. Selon Friedman, l’Occident serait actuellement dans une phase terminale de déclin, permettant aux périphéries d’entrer en compétition de multiples manières afin de faire valoir leur authenticité et leur identité par rapport à l’Occident. Plus récemment, Assayag (1998) a postulé l’existence d’un espace monde caractérisé par la décentralisation : il y a un redéploiement des relations centre-périphérie, des nouveaux rapports délocalisés entre centre et périphérie. Selon lui, la globalisation des institutions politiques n’empêche pas et se combine avec la fragmentation du système global et la multiplication des stratégies locales. Il s'oppose ainsi à la théorie de la globalisation en termes de flux, disjonction et désordre. Cette théorie a fait l'objet de plusieurs critiques. Certains pointent l’ethnocentrisme de la conception du monde en termes de centre et de périphérie et son accent trop économique. Appaduraï (1996) critique la correspondance entre l’hégémonie économique et culturelle : la disjonction entre les sphères culturelles, économiques, politiques et sociales fait que l’hégémonie dans l’une n’a pas pour corrélatif l’hégémonie dans une autre. Wilk (1998) déplore la vision trop pessimiste (phase terminale du déclin d l'Occident) de Friedman. Une dernière critique est relative aux bases empiriques de ces analyses macro : si Friedman se base sur de nombreux exemples ethnographiques pour étayer sa réflexion théorique, l’analyse de Wallerstein semble plus déconnectée de l'empirie. Une seconde théorie s’inscrit dans le cadre des postcolonial studies, et met l’accent sur les flux, interconnections et disjonctions résultantes entre les parties du monde. Selon les tenants de cette approche (Marcus, Clifford, Appaduraï, Hannerz, Gupta, Ferguso, Malkki…), la globalisation actuelle est sans précédent, constitue un nouvel ordre mondial (théorie de la rupture). Dès lors, plutôt que d’entreprendre une analyse historique, les auteurs s’attachent à définir de nouveaux outils théoriques et méthodologiques pour aborder la globalisation : à la rupture empirique doit correspondre une rupture épistémologique. Leur objectif est de prendre part aux débats globaux par l’apport d’un savoir critique sur la globalisation. Ces auteurs critiquent les catégories et concepts de l’anthropologie classique évoquant la fermeture et l'essentialisme en ajoutant les préfixes "trans-" ou "post-" aux catégories classiques (transnationalisation, poststructuralisme,…) et en montrant leur caractère construit. Dans ce cadre, le local et le global ne sont plus considérés comme des inscriptions territoriales définies par des frontières, mais dans le mouvement de franchissement des frontières (translocalité). Marcus (1995) plaide pour une approche multisite : il présente comme nécessaire la multiplication des niveaux d’analyse de l’objet d’étude pour en retracer la vie sociale. L’objectif n’est donc pas de couvrir la totalité de l’objet, mais de suivre les connexions qu’il implique. Et ces connexions ne peuvent être définies a priori à la différence de l’anthropologie classique, ou la chercheur définissait ses multiples lieux d’enquête avant de se rendre sur le terrain. Appaduraï (1996) présente la nouveauté de la situation actuelle comme provenant du développement des technologies, qui a permis l’intensification de deux types de flux : la circulation des individus et celle des informations. Ces intensifications ont des conséquences dans différents domaines. Tout d’abord, ces flux combinés au travail d’imagination, qui a quitté les sphères où il était circonscrit (art, religion,…) pour devenir une pratique sociale quotidienne (au centre de toute forme d’action, permettant à tous de comprendre le monde et de s’y inscrire) ont permis l’émergence de communautés imaginées non plus nationales (Anderson, 1991), mais transnationales et déterritorialisées (les communautés ne sont plus inscrites dans un territoire clairement localisé). Il en résulte, et c’est une seconde conséquence, que le monde actuel doit être compris en termes de disjonction entre le culturel, le social, le politique et l’économique. D'où sa définition de cinq scapes formés par différents flux et témoignant de la fluidité du monde actuel : ethnoscape (flux d’individus appartenant à une même communauté imaginée), mediascape (flux d’information via les médias de masse), technoscape (flux technologiques), financescape (flux de capitaux) et ideoscape (flux d’idéologies politiques). Ainsi, l’économie culturelle globale tend à la fois à l’homogénéisation (les flux font circuler les mêmes objets) et à la différenciation (en un endroit localisé, la présence et l’intensité des flux varient). Dans ce cadre, le local n'est plus à réfléchir en termes d'espace ou d'échelle, mais est une qualité phénoménologique mêlant un sentiment de l'immédiateté sociale et l'interrelation des contextes, est à penser en termes de relations et de contextes. Ainsi, le local est avant tout un sentiment d'immédiateté entre membres d'un même voisinage, produit par des activités intentionnelles (rites d'initiation,....), et suscitant des effets matériels (colonisation de l'espace,...). C'est la dimension "aspect pratique" du local. Mais le local possède aussi une dimension relationnelle : les acteurs locaux se situent et situent leurs actions dans un voisinage particulier qui se définit en relation (en opposition) avec d'autres voisinages par rapport auxquels il marque sa différence. Le problème du local dans le monde actuel provient de la difficulté de remplir ces deux dimensions suite à la lutte des Etats-nations pour maintenir l'unité sur leur territoire face aux organisations et mouvements supra- ou sous-nationaux, à la disjonction entre territoire et mouvements de population qui tentent de reproduire du local indépendamment de tout contexte, à l'érosion des relations entre communautés virtuelles et communautés concrètes suite à la puissance des médias de masse. Parmi les critiques, Friedman (2000) reproche à ce courant de faire du transnationalisme plus un principe moral qu’une approche analytique : les auteurs prédisent (et désirent) la fin de l’Etat-nation (monde de la fermeture) pour l’émergence de la diaspora (monde de l’ouverture et de la liberté), niant ainsi la réalité empirique des phénomènes de fermeture actuels. Cette orientation idéologique relève de la position spécifique de ses tenants, c'est-à-dire des élites intellectuelles (principalement issus de la diaspora indienne ayant migré vers le milieu académique américain) qui à force de circuler oublient les expériences que les autres ont de la globalisation. La transnationalisation ne participe pas à une meilleure compréhension du monde, mais est une manière pour les élites de la mondialisation d’exprimer leur expérience du monde. D’où l’importance des études empiriques, qui font par exemple défaut chez Appaduraï (Assayag, 1998), pour étayer la théorie. Un courant plus critique a entrepris une déconstruction de la globalisation et étudie ses relations avec le quotidien (il s’agit de suivre les pratiques des acteurs). L'objectif est de déconstruire les discours et théories de la globalisation qui s’auto-alimentent et ont coupé les ponts avec la réalité, et d'ancrer la recherche anthropologique dans l'empirie. Ainsi, Cooper (2001) reproche aux théories actuelles de ne pas prendre en compte les faits historiques de la globalisation. Selon lui, l’imaginaire d’un monde global total est erroné : certains endroits demeurent en dehors de la globalisation, ce qui l’amène à envisager le monde en termes de points connectés. Si cette approche rejoint celle des auteurs postcoloniaux, il leur reproche de s’intéresser à la globalisation comme phénomène de mode (interconnexion globale, flux sans précédent,…) et non à l’état actuel du monde (s’il y a connexion globale théorique, la majorité de la population africaine n’a pas d’accès à Internet). Il critique donc les discours qui réifient la globalisation, à savoir la fanfaronnade du banquier (les flux de capitaux font tomber toutes les frontières et dérégulent le monde), la lamentation sociale-démocrate (dénonciation des conséquences négatives de la globalisation), et la danse des flux et des fragments (glocalisation comme appropriation et reconfiguration locale du sens des biens de consommations). Selon lui, ces discours sont simplificateurs et totalisateurs. Il propose donc de les dépasser pour étudier ce que la globalisation signifie dans les pratiques. Dans la même veine, Ong (2006) propose une ethnographie du global s'intéressant à l'inscription de la globalisation dans le quotidien. Son étude porte sur les multiples effets du capitalisme (implantation du capitalisme dans les régimes post-socialistes d’Asie du Sud-Est), montrant que les relations entre centre et périphérie varient selon le contexte : le mode de gouvernementalité de l’Etat influence l’implantation du marché, la globalisation n’a pas partout les mêmes effets. Il s’agit alors d’étudier ces variabilités et leurs conséquences culturelles. Articulations du global et du local En anthropologie, trois modèles d'articulation du local et du global ont fait et font toujours école. Le premier postule la fin du local et la victoire du global : c'est le modèle de la convergence, de l'uniformisation culturelle, que Ritzer (1993) représente avec son concept de MacDonalisation. Un second modèle, celui de la différenciation, défend une impossible victoire du global, pas d'intégration dans un monde global, suite à une incompatibilité des cultures. Par exemple, Huntington (1996) soutient la thèse d'un clash entre civilisations incompatibles. Selon cette optique, la fermeture dans le local est une réaction des groupes sociaux face au sentiment de perte de contrôle dû à la globalisation. Un dernier modèle s'oppose à la fois à l'homogénéisation du premier et à l'hétérogénéisation du second : selon le modèle de l'hybridité (ou créolisation), il y a refonte du global dans le local. S'il y a domination culturelle de certains groupes sociaux, il y a également résistance, qui se marque dans le pouvoir créateur des acteurs (appropriation et adaptation de ce qui les entoure, réflexivité), la contingence des dynamiques sociales (les choses varient d’un contexte à un autre). Ces trois modèles font l'objet de multiples critiques. Watson (1997) reproche au modèle de Rizter de ne pas correspondre à la réalité empirique : il n'y a pas d'extension d'un modèle culturel, de principes généraux, à l'échelle du monde, ces principes étant retravaillés différemment selon les groupes sociaux où ils s'insèrent. Ensuite, selon Freidman (2000), l’hybridité culturelle provient de l’œil de celui qui regarde : un objet n’est hybride que par le regard extérieur qui s’y porte et qui identifie quelque chose qui n’est pas à sa place pour lui. L’hybridité est toujours une question "d’hybride pour nous". Les critiques majeures adressées au modèle de l'hétérogénéité sont son essentialisme (identités primordiales et fixes), sa réduction de la complexité de la réalité (découpage du monde en huit civilisations), sa dimension politique sous-jacente visant à la légitimation de l’impérialisme américain (légitimation des interventions des Etats-Unis pour prévenir les clashes). Enfin, d'une manière générale, ces trois modèles reposent sur une essentialisation de la culture (il aurait existé ou existerait toujours des entités locales et fermées, inscrites dans un territoire, qui soit disparaitraient pour former une entité globale, soit s'opposeraient pour maintenir leurs particularités, soit se mélangeraient pour donner lieu à de nouvelles formes) et une définition du local et du global comme niveaux de la réalité sociale entrant en interaction. Suite à ces critiques, certains chercheurs ont proposé d'autres modes d'articulation du local et du global qui tentent de sortir de l'opposition impliquée par les trois modèles dominants. J'en présente ici trois. Wenger (1998) avance un modèle alternatif autour de la terminologie. Plutôt que de local et de global il parle de réification et de participation dans le cadre d'une théorie de l'apprentissage comme phénomène social quotidien de participation à des communautés et des organisations sociales. Cet apprentissage se marque, s'inscrit, dans des pratiques spécifiques à la communauté au sein de laquelle s'est fait l'apprentissage. Pratiques qui permettent aux individus d'accomplir des actions et de donner un sens au monde et à leur engagement dans ce monde. Les significations ne sont donc pas données mais négociées par la pratique (signification négociée comme processus productif). Mais qu'entend-il par "participation" et par "réification"? La participation implique l'action et la connexion. Il s'agit pour un acteur de prendre part à des relations sociales, d'appartenir à des communautés et de s'engager activement dans des entreprises sociales. La participation permet la rencontre avec le monde social pour construire les significations, et mobilise l'individu dans son entièreté (son corps, son esprit, ses émotions, ses relations sociales,...). Par la participation, l'individu est amené à reconnaitre les autres acteurs (reconnaissance mutuelle) et construit alors une identité de participation. La participation relèverait alors du local, des pratiques et interactions quotidiennes des acteurs au sein de communautés déterminées, qu'elles soient virtuelles ou concrètes. La réification quant à elle revient à traiter une abstraction comme quelque chose d'existant, comme un objet matériel concret, comme un agent actif, alors que ce quelque chose n'est pas matériel ou concret à l'origine. L'individu projette ses significations dans le monde et les perçoit ensuite comme étant existantes. La réification est donc un processus qui donne forme à l'expérience en produisant des objets qui fixent ces expériences dans des formes (signe, formule abstraite, mot, statue,...). Ces formes fixes jouent le rôle de points de focalisation autour desquels négocier les significations, à condition d'avoir été appropriées par les acteurs (les acteurs ne sont pas toujours les producteurs des réifications). En effet, ces formes s'imposent d'en haut aux acteurs : si elles résultent d'une cristallisation des pratiques, une existence indépendante leur est ensuite accordée, leur donnant un statut d'évidence naturelle. Ainsi, la justice est une abstraction à laquelle les acteurs accordent une existence réelle et qu'ils mobilisent pour donner sens à leurs expériences. La réification se situerait dans le domaine du global en proposant, aux acteurs des formes fixes communes et immuables autour desquelles organiser les pratiques et expériences. Plutôt que de voir la réification (global) et la participation (local) comme des opposés, Wenger pense leur interrelation et leur complémentarité. Ainsi, la participation pallie aux limites de la réification (une abstraction trop générale entraine une perte d'objectif dans les pratiques). Mais elle ne doit pas supplanter la réification, au risque de ne pas être en mesure d'assurer la coordination des actions, de dépasser les suppositions des acteurs. De son côté, la réification pallie aux limites de la participation (informalité, manque de coordination...), mais ne doit pas pour autant prendre le dessus, auquel cas la négociation s'avère impossible. Les deux termes sont donc dans une relation duale et non dichotomique : "Duality is a single conceptual unit that is formed by two inseparable and mutually constitutive elements whose inherent tension and complementarity give the concept richness and dynamism" (Wenger, 1998 : 66). Cette relation de dualité permet de repenser les termes de local et de global (et d'une manière générale toutes les oppositions dichotomiques classiques). Au sein d'une relation duale, les termes ne se définissent pas en opposition (le tacite est ce qui n'est pas explicite), mais sont définis dans leurs propres termes. Il en résulte que les termes ne sont pas mutuellement exclusifs mais s'impliquent l'un l'autre (il n'y a pas de réification sans participation : une convention n'a aucune existence s'il n'y a pas d'acteurs pour la mobiliser), que les termes ne définissent pas un spectre (un continuum entre deux opposés autorisant des nuances par un positionnement différent le long du spectre) mais se manifestent simultanément sous des formes et à des degrés variables. Dès lors, les termes ne sont pas des substituts l'un pour l'autre : il est impossible d'être uniquement dans le global, ou uniquement dans le local. Enfin, les termes ne sont pas des catégories de classification mais permettent de décrire et comprendre les interrelations. C'est donc la relation de dualité entre les termes que Wenger suggère pour sortir de l'opposition entre le local et le global, pour repenser le local et le global. Il illustre ses propos avec le concept de communauté de pratique, en tant qu'élément d'une structure conceptuelle et outil d'analyse. La communauté de pratique possède trois caractéristiques : un engagement mutuel d'acteurs, une entreprise commune (objectif commun) et un répertoire partagé entre les acteurs. Limiter les communautés de pratique aux interactions quotidiennes (participation, local) ou l'étendre aux agrégats sociaux définis de manière théorique (réification, global) rend le concept inutile. Il y a, en-deçà de la communauté de pratique, les pratiques quotidiennes, et au-delà, les constellations de pratiques (regroupement stellaire de pratiques partagées par des communautés). Ainsi, local et global ne sont pas des moments historiques distincts (évolution historique des communautés locales à la société globale) mais des niveaux de pratiques qui co-existent et s'influencent mutuellement. Local et global sont donc des concepts en relation duale et des niveaux de pratique des acteurs et d'analyse des chercheurs non mutuellement exclusifs. Pour continuer sur l'idée de niveau d'analyse, Latour (1994) propose une révision épistémologique et méthodologique : il ne s'attache pas aux termes, mais aux niveaux de réalité investigués par les chercheurs en sciences sociales et nie l'existence du local et du global. En effet, selon lui, le monde social est plat en tout point. Si le local et le global existent, c'est en tant que construction (du chercher ou des acteurs) résultant d'un travail, mais ils ne permettent pas de comprendre ou d'expliquer la société. D'une manière générale, sa réflexion porte sur l'Objet (d'étude) de la sociologie, et son argumentaire vise à restaurer le statut des objets (matériels) dans la création de lien social. Partant d'une comparaison des interactions sociales dans les milieux simiesques et humains, il en arrive à la conclusion que ni les théories orientées vers l'acteur et la localisation des pratiques (interactionnisme, ethnométhodologie), ni les théories orientées vers les structures globales (structuralisme,...) ne sont pertinentes pour comprendre les interactions humaines. En effet, ces théories postulent "un gouffre" entre le local (les interactions cadrées) et le global (le réseau et la structure qui interviennent dans l'interaction), gouffre qu'elles tentent de combler sans y parvenir. Cela provient du fait qu'elles s'attachent soit aux acteurs, soit aux symboles, pour penser et ancrer les interactions. Or, c'est à partir des objets matériels qu'il faut appréhender les interactions. Cette approche permet de comprendre que la localisation et la globalisation sont des travaux (canalisation, focalisation d'un côté, compilation, amplification de l'autre) effectués grâce à des instruments, et non des niveaux de réalité donnés : les niveaux du social proviennent de l'oubli des connections matérielles permettant aux points de se relier. Ainsi, en suivant les objets, ou actants non humains, le chercheur ne circule pas d'un niveau de réalité à un autre (du local au global), mais d'un espace à un autre, d'un temps à un autre, d'un niveau de matérialité à un autre, où les mêmes objets entrent différemment dans les interactions. Le local est donc ce qui résulte d'un travail de cadrage des interactions et le global d'un travail de compilation et de mise en relation de ces interactions. Latour prend l'exemple du guichet de la poste. L'interaction du client et de la guichetière y est cadrée, localisée dans le sens canalisée : les autres (famille, amis,...) ne peuvent intervenir dans l'interaction. Pour autant, l'interaction cadrée ne se limite pas à une action individuelle détachée de toute structure, de toute forme globale dans le sens de compilation des interactions dans des formes généralisantes. Ainsi, le soir venu, la guichetière pourra faire le récit à son mari de toutes ses interactions avec les clients durant sa journée de travail. Entre les deux situations, il n'y a pas passage du local au global, mais changement de travail par rapport aux interactions (les cadrer pour les rendre possible, les sommer pour les faire tenir ensemble). Dans un second temps, Latour fait appel aux objets impliqués dans les interactions. Les objets sont en effet présents dans toutes les interactions et permettent aussi bien le travail de localisation que de globalisation. L'intérêt ne va plus à l'interaction et aux acteurs, mais aux objets matériels : suivre les objets permet de se transporter ailleurs, sans que cela ne corresponde à un passage d'un niveau local à un niveau global. En prenant l'objet "guichet" de poste, il est possible de situer l'interaction au bureau de poste, où le client est un corps individuel en interaction avec un autre corps, la guichetière. Mais cet objet se situe aussi ailleurs, comme dans le bureau de l'architecte qui a conçu le bureau de poste : le client y apparait comme une catégorie d'usager potentiel sur le papier des plans. Ce n'est pas tant l'interaction entre corps qui importe que la somme des interactions anticipées entre catégories d'acteurs potentiels, compilation permettant de définir une configuration optimale pour les futures interactions entre corps. Les objets permettent donc de circuler dans le temps, l'espace et les niveaux de matérialité, sans jamais mobiliser la situation particulière des interactions ni la structure sociale comme modes explicatifs du lien social. En passant du bureau de poste au bureau d'architecte, le changement ne concerne pas le niveau social (plus ou moins global), mais le type d'interaction entre actants humains et non humains. Enfin, le modèle alternatif de Wilk (1995, 1999) est conceptuel : le concept de "global structure of common difference" permet d'articuler le local et le global comme deux composantes d'un même drame (drama), d'une même histoire. Cette histoire, celle de la globalisation, articule le local et le global de manière variable selon l'endroit où elle s'inscrit, assurant ainsi la persistance de la différence. Dès lors, l'important n'est pas de savoir si la différence culturelle persiste ou diminue, mais plutôt où, comment, pourquoi et par qui la différence culturelle est promue. L'hypothèse est alors celle d'une uniformisation culturelle non de contenu, mais de forme : les institutions globales promeuvent les différences locales, mais limitent leurs modalités d'expression par la promotion de structures globales de différence, comme langage universel, manière commune de conceptualiser les différences. Ces structures créent et valorisent certaines différences et en évincent d'autres, présentent les différences comme un ordre naturel, et reposent sur des rythmes temporels, des hiérarchies spatiales et des catégories (genre, âge,...) essentialisées. Plutôt que d'être des outils hégémoniques, ces structures procurent un canal commun et un point de rencontre pour le débat et l'expression de différences. Bref, ces structures permettent aux différences de s'exprimer de manière similaire (sélection des dimensions de la différence), ce qui les rend mutuellement intelligibles, participant ainsi à une domestication de la différence culturelle, à une organisation de la diversité plutôt qu'à la réplication d'un contenu uniforme. "We are not all becoming the same, but we are portraying, dramatizing and communicating our differences to each other in ways that are more widely intelligible" (1995 : 124) Mais comme un petit dessin vaut mieux qu'un long discours, passons à du concret. A défaut d'un dessin, voici l'exemple fourni par Wilk : les concours de beauté, qui s'inscrivent dans la structure sémantique de la beauté. Ces concours sont organisés au Belize depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale par les deux partis politiques en compétition pour le pouvoir, et se sont généralisés à mesure que les partis gagnaient en popularité. Actuellement, le concours de "Miss Belize" est organisé par le parti politique au pouvoir. Le gouvernement se sert alors du concours national pour promouvoir une image du Belize comme lieu unique (image attirante pour les touristes), et pour rendre les différences ethniques sécures et ornementales. En effet, l'imaginaire des concours subordonne l'identité culturelle au genre féminin et à la sexualité : en maillot de bain, les participantes ne représentent plus leur ethnie, mais LA femme. A un niveau plus local, l'image de la femme ne l'emporte pas sur l'identité ethnique : la sélection d'une miss donne lieu à des controverses, montrant par là la dimension politique des concours (la sélection d'une miss montre quelle est la fraction sociale dominante). Si en public tout est fait pour objectiver le concours dans une lutte publique démocratique, l'exercice du pouvoir et des privilèges bat son plein en coulisse. Pour autant, les concours de beauté au Belize ne sont pas une appropriation locale du modèle global des concours de beauté (modèle issu des Etats-Unis). Ces concours sont à la fois centrés vers l'intérieur (montrer les différences entre nationaux) et ouverts vers l'extérieur (montrer les nationaux aux Autres). En effet, la miss Belize participe aux concours de "Miss Univers" et "Miss Monde" où son objectif n'est pas de gagner (les nationaux du Belize savent qu'en raison des relations politiques entre pays, leur miss n'a aucune chance de gagner, même si leurs échecs successifs sont généralement justifiés par une différence entre les critères de beauté du Belize et ceux des concours internationaux), mais d'entrer en compétition avec le reste du monde sur base d'une égalité catégorielle. Les différents éléments impliqués par le concept peuvent au final être répertoriés comme suit. Tout d'abord, un contexte de lutte entre instances pour l'hégémonie culturelle, politique, économique non pas en imposant des contenus, mais en définissant des formes qui organisent la différence : le concours de beauté est une compétition définie par les Etats-Unis mettant en scène les différences entre les nations et assurant l'hégémonie des nations centrales (ce sont elles qui définissent les critères de beauté). Ensuite, la création d'un espace commun au sein duquel les participants sont considérés comme catégoriellement égaux, équivalence catégorielle obtenue suite à la naturalisation, l'essentialisation de certains critères de différence : lors de la compétition, la substitution des différences culturelles par l'image de la femme crée une égalité entre les participantes (la beauté comme abstraction transcendante), participantes qui sont classées dans des catégories d'âge ou de nationalité essentialisées. Mais encore, ces structures organisant également l'espace (hiérarchisation) et le temps (rythmisation) : le Belize n'a aucune chance de gagner le concours "Miss Monde" ou "Miss Univers" en raison des relations politiques ayant lieu en coulisse, et un certain rythme est assuré par les sélections pour la finale, la récurrence annuelle, la carrière des misses. A cela s'ajoute la définition de procédures et critères objectifs pour juger la compétition : impartialité des juges, système de score,... Enfin, au niveau de la relation entre le local et le global, il n'y a pas imposition d'un "master narrative", mais définition de catégories pouvant faire sens au niveau local : l'étendue des concours de beauté va des concours de villages ou d'écoles aux concours internationaux. Conclusion La conclusion de cette communication est qu'il n'y a pas de conclusion, et cette non-conclusion se décline sous trois formes. Tout d'abord, en présentant diverses approches de la globalisation et des alternatives pour repenser le local et le global, l'objectif n'était pas de prendre parti pour l'une de ces alternatives, d'argumenter la défense d'une approche. De fait, en lien avec le postulat communément admis de complexité de la réalité sociale, il serait absurde de mener une enquête suivant un seul modèle méthodologique, de prétendre rendre compte de cette complexité en ne mobilisant qu'un seul modèle conceptuel. La mobilisation des différentes approches n'est donc pas mutuellement exclusive, mais diffère selon l'objet d'étude, le moment de la recherche, le niveau d'analyse (plus proche de la participation, des acteurs ou plus proche de la réification, des compilations globalisantes),... aucune des alternatives ne constituant de solution en soi. De plus, ces alternatives possèdent des points communs (il est possible de mettre en parallèle les structures globales de Wilk et les réifications de Wenger), mais également des différences (si Wenger et Wilk pensent encore en termes de niveaux d'analyse, Latour nie toute référence à ces niveaux). La non-conclusion est ici relative à l'objectif de la communication : non pas prôner la supériorité d'un modèle sur l'autre, mais ouvrir une réflexion quant à la pertinence de ces alternatives. La seconde de non-conclusion est que s'il n'est pas question de hiérarchiser ces alternatives, cela n'empêche pas d'en avoir une évaluation critique et de les situer dans un cadre idéologique plus général. Ainsi, l'approche de Wilk par exemple, s'inscrit dans l'approche de la créolisation culturelle : des structures globales rencontrent des significations et situations locales pour déboucher sur de nouvelles formes spécifiques à un contexte tout en étant similaires à des formes et compréhensibles à des acteurs situés dans d'autres contextes. L'approche fait aussi référence aux relations entre centre et périphérie (théorie du système-monde), sans que ce centre et cette périphérie ne soient des unités inscrites dans un territoire (théorie des flux et disjonction) : un centre émet des structures globales qu'il impose au périphéries afin de gérer les luttes. "The global system is a common code, but its purpose is not common identification, but instead the expression of distinctions, boundaries and disjunctures, in ways that subtly serve particular interests" (1995 : 124). Ou encore, chacune de ces alternatives inscrit le débat entre le local et le global dans le cadre de la recherche en science sociale, mais aucune ne fait référence à l'utilisation concrète des termes par les acteurs qui les mobilisent dans leurs actions quotidiennes. Ainsi, il serait intéressant de retracer la généalogie de l'utilisation de ces termes, de voir comment et pourquoi ils sont mobilisés par les acteurs, de considérer leurs conséquences pratiques,... En guise de dernière non-conclusion, je propose de repenser (penser autrement) certains termes. La globalisation est le mouvement spatial qui anime actuellement la planète, mouvement caractérisé par la mise en relation d'entités sociales spatio-temporellement éloignées et l'intensification des flux de personnes et d'informations entre ces entités. Dans ce cadre, le global est un ensemble d'éléments susceptibles d'être partagés, imposés, appropriés, par les entités. Le global s'apparente alors au général : ce qui est susceptible d'être partagé par le plus grand nombre, sans que tout le monde ne soit automatiquement impliqué. Le local est l'inscription des actes des acteurs (mobilisant ou non les éléments du global) dans des espaces concrets ou virtuels. Le local fait alors référence au particularisme, à la localisation des actes dans des cadres particuliers. Globalisation, local et global ne sont donc pas des concepts anthropologiques, en ce sens qu'ils n'ont aucune vertu explicative de la réalité sociale. De plus, le local et le global n'étant plus sur le même plan (l'un est un potentiel, l'autre une spatialisation), il n'est plus nécessaire de penser leur opposition : les deux termes sont dans une relation de construction et d'influence mutuelle, dans une relation de dualité. De fait, les éléments globaux sont produits par des actes spatialement localisés, insérés dans l'ensemble d'éléments partageables, et réintroduit dans des espaces locaux où ils prennent une forme différente. Prenons l'exemple du travail des experts de l'UNESCO : les prises de décision à l'UNESCO ne sont pas plus globales que les actions de mise en pratique des politiques de l'UNESCO par des populations locales. Tous les actes des experts prennent place dans des espaces localement situés (site patrimonial particulier, bureaux de l'UNESCO à Paris,...). Les résultats de leurs actes (règles, conventions,...) sont érigés en éléments globaux : ils sont mis à disposition du plus grand nombre, sans que tout le monde ne les mobilise. Dans le cas de leur mobilisation, les éléments s'inscrivent à nouveau dans un espace local où ils font l'objet d'une utilisation particulière. Ainsi, le passage des bureaux de l'UNESCO aux sites patrimoniaux n'est pas un passage du global au local : il s'agit plutôt de suivre un objet érigé en élément global (une réification) mobilisé différemment dans des localités différentes. Le problème est alors celui des niveaux d'analyse de la réalité sociale : peut-on mettre sur le même plan les actions de préservation de leur patrimoine par une communauté régionale et les actions de préservation du Patrimoine Mondial par les experts de l'UNESCO étant donné que leur mobilisation du global n'est pas similaire? Une solution consiste alors à aborder la réalité sociale en terme de taille sur un axe singulier-général (Boltanski, 1990) Au final, et plus concrètement, je vous invite à deux choses en vue du séminaire de vendredi (comme ça, il n'y a pas que moi qui travaille ;-) ). La première est de réfléchir aux définitions fournies dans la conclusion autour d'expressions telles que "Think global, act local", "conscience globalisée", "UNESCO comme institution globalisante et globalisée",.... La seconde est de venir au séminaire avec un objet (matériel, d'étude, intellectuel,...) permettant de réfléchir à la pertinence des trois alternatives dans différents contextes et domaines de recherche ou de la vie quotidienne. Bibliographie ANDERSON B., 1991, Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Verso, London and New York. APPADURAI A., 1996, Modernity at large : Cultural Dimension of Globalization, University of Minneapolis Press, Minneapolis. ASSAYAG J., 1998, "La culture comme fait social global? 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