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Last minute... but perfect timing

Publié le par anthropohumanisticienne critique

Le last minute imprègne bon nombre de nos comportements quotidiens, ou ceux de notre entourage. Nous nous voyons sans cesse sollicités dans notre quotidien à entreprendre et enchainer une multitude d'activités toutes aussi diverses les unes que les autres : travailler, aller chercher les enfants, aller à la salle de sport, sortir avec les ami(e)s ou recevoir à diner, visiter la famille, aller à une manifestation quelconque, aller faire les courses,... Toujours aller et venir entre deux tours de montre. Car il s'agit d'être occupé, actif, sous peine d'être traité de paresseux ou d'asocial (excepté en cas de repos mérité ou obligé). Busy, but on time : les horaires sont sacrés, l'heure, c'est l'heure! Une journée de 24 heures n'est souvent pas suffisante, pas question de cumuler le retard, ce sont autant d'heures (de minutes au mieux) de sommeil ou de loisir perdues (ce sont en effet la plupart du temps ces moments qui sont sacrifiés). Avant d'arriver à saturation, il s'agit donc de faire le ménage de ses activités, délaisser les moins importantes (celles ne résultant pas d'obligations) ou, quand on a de la chance, celles que l'on aime le moins. Et cela pour éviter le burn out. Bref, l'idéologie du last minute est parmi nous, il suffit pour s'en rendre compte de compter le nombre de fois que vous entendez cette expression, ou son équivalent français, ou une similaire du genre "Ouf, j'ai failli être en retard" ou "Non, je ne peux pas, je vais être en retard".

 

La presse n'échappe pas à la vogue du last minute : les sites internet des journaux présentent une rubrique "dernière minute" où, minute par minute serait exagéré, mais toutes les 15 minutes, une information sort. Les journaux écrits ont également une rubrique de dernière minute, écrite juste avant la mise sous presse. Certains programmes télévisés ou radio sont coupés pour annoncer des informations de dernière minute de grande importance. Une émission radio propose également une émission dénommée "Last Minute", dont le principe est de faire partir des auditeurs vers une destination de vacances à la dernière minute, et de leur demander de présenter sur antenne un compte rendu journalistique de leur séjour après leur retour. Et il est même possible de recevoir des alertes sur le GSM pour les manifestations sportives, ou autres selon les formules. L'information non pas comme si vous y étiez, mais quand vous étiez... au magasin par exemple, ou dans votre bain : une alerte vous signale qu'un événement notable est arrivée. Non pas just on time, but always in time : les évènements ne cessent d'arriver, le dernière minute ne cesse de se renouveler. Il y a toujours du nouveau à se mettre sous la dent, sous les yeux, dans les oreilles. Peut importe combien de temps dure un événement, le dernière minute rend son annonce plus mémorable : la minute de son annonce marque plus que son contenu. Le fil du temps est un flux continu d'informations qui, minute par minute, permet de tenir un certain journal intime de la planète. Le burn out ici arrive lorsqu'on est dépassé par ces dernières minutes : impossible d'intégrer l'information, on abandonne le fil de l'évènement. Ou lorsqu'on désire absolument être informé en temps et en heure : la moindre minute de retard est ressentie comme un manque, l'information doit sortir. Ou chez les journalistes qui chassent la moindre information afin d'avoir une dernière minute à publier : chasse sur le terrain, chasse sur internet,... Le journalisme est un sport de combat, où chaque minute compte, et où chaque minute perdue peut être la dernière minute du journaliste.

Autre grand fournisseur de last minute : les agences de voyage. Départ en dernière minute, avec un prix appréciable, vers une destination désirée : le rêve. Rêve flexible qui consiste à partir sur un coup de tête. Rêve qui devient réalité, surtout en cet été 2011 qui voit le nombre de départ last minute vers les destinations ensoleillées augmenter de 25% par rapport à 2010. En cause : l'indécision quant à la période de vacances chez les employés, ou l'attente des résultats scolaires chez les étudiants. Et pour 2011, le mauvais temps qui a entrainé une diminution des prix. En destination : Grèce, Portugal, Etats-Unis, Egypte, Tunisie, France,... Bref, aucune destination, ou presque, n'y échappe. La formule : il est bien loin le temps des annonces de mini-trip d'un weekend à prix réduit et départ presque immédiat, ou de l'attente à l'aéroport que des passagers annulent en dernière minute pour prendre leur place. Grâce aux pratiques de l'économie capitaliste de marché et à la technologie, il est maintenant possible de réserver à prix réduit et via un ordinateur un séjour de courte durée que des agences de tourisme ayant acheté un an plus tôt n'arrivent pas à écouler. Le last minute devient programmé (le départ se fait dans la quinzaine ou le mois qui suit), généralisé (billets d'avion ou de train, chambres d'hôtels ou de maison d'hôtes), et professionnalisé (sites et agences spécialisées), mais toujours présenté d'une manière qu'il semble arriver just on time pour éviter un burn out. Le last minute, qui n'a plus de last que la réservation des dernières places et de minute la rapidité de la réservation, profite donc de l'indécision et des envies des clients : un travail qui ne permet que quelques jours de vacances improvisés, une fin de mois dont on ne peut dire à quoi elle va ressembler,... Les agences de voyage proposent, les clients disposent.

Surfant sur la vague des vacances et inscrit dans ses écumes, l'action Serie TV Last Minute consiste à proposer des séries télévisées saison par saison, à des prix imbattables (le last minute à la portée de tous), pour voyager depuis son canapé vers des destinations de rêve. Just on time comme il n'y a pas de moment pour pour prendre des vacances : partir toute l'année en évasion, sur un coup de tête ou moyennant un coup financier relativement faible, tout dépend du degré d'assuétude à ce genre de vacances : attention au burn out!

Fournisseur extrême de last minute, le site LastMinute.com, fondé en 1998, qui n'est du last minute que par les "affaires de dernière minute" qu'il est possible d'y faire. Proposant une multitude de produits (billets d'avion, places de spectacle, baby sitter, plats de restaurant à réserver en ligne, sauts en parachute,… ). Last minute, car les produits sont à la limite d'être invendus, leur date d'échéance arrivant à grandes enjambées. Affaires, car les prix sont littéralement cassés de 30 à 70%, le support Internet étant un média idéal pour limiter les frais. Ce site de e-commerce à potentiel mondial propose également un service de vente aux enchères, dépassant ainsi le simple service en ligne pour engager des transactions sur le plus long terme. Les multiples propositions permettent aux clients de faire un choix dans la minute, just on time. Et de burn out il n'en est pas question, comme ce leader européen du voyage et des loisirs en ligne a pour objectif de procurer des émotions inoubliables aux près de 7 millions de clients annuels dans plus de 14 pays. De burn out il n'est pas question non plus pour les fondateurs, Brent Hoberman et Martha Lane Fox qui font un chiffre d'affaire annuel de 950 millions d'euros.

Bref, du côté des fournisseurs, toutes les perches sont tendues pour faire du last minute une pratique quotidienne, un mode de vie bien ancré dans le quotidien et reconnu par tous sans être dévalorisé, à condition d'être just on time et de ne pas virer au burn out. Ces média, via le last minute proposé, modifient le rapport à l'espace : qui n'aurait pas découvert la Thaïlande via un voyage, qui n'aurait pas acheté un vase à un vendeur norvégien,... Et les effets du last minute peuvent concerner des régions fort éloignées : le tourisme du last minute comme salvateur de la crise touristique tunisienne? Et le rapport au temps : d'un simple clic, en moins d'une minute, un changement dans le quotidien intervient. Si les gens manquent de temps, le last minute permet de leur faire en gagner (c'est ce qu'il donne à penser) et leur en procurer du bon du moins à courte durée. Mais comment pratique-t-on le last minute au quotidien?

 

Parmi les pratiquants du last minute, les étudiants. Selon une étude publiée par des scientifiques de l'Université de Bristol, étudier en dernière minute serait efficace, grâce au stress, et surtout aux hormones qu'il génère, qui favorise l'activité du cerveau et permet ainsi de mieux retenir. De là à en faire la meilleure manière de retenir la matière à étudier : retenir avec force oui, mais pour combien de temps? Last minute pour étudier, first minute pour oublier? De nombreux pédagogues s'accordent en effet autour de l'efficacité à long terme de la triple mémorisation. La méthode du last minute est en tout cas just on time pour étudier un examen et le présenter le lendemain. Mais attention au burn out, un excès de stress empêche toute mémorisation. Le last minute, une stratégie à maitriser! Dès lors, des conseils sont dispensés à ceux qui ont besoin d'adrénaline pour travailler : rester attentif aux cours et prendre note soi-même, relire régulièrement ses notes, penser aux résultats scolaires ou aux longues vacances qu'il sera possible d'avoir,... Last minute oui, mais pas n'importe comment.

Et pourtant, la pratique du last minute perdure dans le monde du travail : les dead lines sont une pratique de l'extrême qui se jouent à la minute prêt! J'en prends pour exemple ma propre pratique, et celle de mes collègues anthropologues : malgré l'avertissement x temps à l'avance d'une échéance, il est (presque) certain que le travail à accomplir (écrire un article, remettre un projet, lire un mémoire,...) sera effectué au dernier moment, et rendu le jour J, just on time. Le délai supplémentaire est également, à défaut d'être toujours accordé, du moins quémandé lorsque le last minute s'avère être insuffisant. Pourquoi donc toujours s'y prendre à la dernière minute? Il y a ceux qui rendent un travail au dernier moment pour le perfectionner au maximum, ceux qui se disent que "de toute façon, il y a le temps", ceux qui sont noyés sous 1000 activités et obligations et ne prennent le temps qu'au dernier moment,... Les pratiques du last minute sont donc multiples, et certains la maitrisent mieux que d'autres : just on time, et jamais au bord du burn out.

Un maitre du last minute de ces dernières semaines : Barack Obama qui parvient, en dernière minute le 1 août, à un accord avec le Sénat pour relever le plafond de la dette de plus de 14.000 milliards de dollars. Solution just on time : réduire les dépenses (dans les secteurs de la défense et des soins médicaux) et relever le plafond de la dette de plus de 2.000 milliards de dollars afin de remettre le problème à plus tard, et plus précisément la prochaine présidence. Les Américains ont le sens de l'accueil... Pour éviter le burn out : un retard dans le payement de la dette aurait été une catastrophe pour le pays, et pour le monde. Quelques heures après l'annonce, les bourses du monde entier, ou plutôt leurs membres, respiraient plus aisément, après avoir retenu leur souffle une semaine durant. Accord et négociations entre républicains et démocrates, et le Président, quant aux mesures à prendre pour diminuer les dépenses et rembourser la dette : baisser les impôts et appliquer des réductions budgétaires, versus implémenter des efforts fiscaux de la part des riches et appliquer une rigueur budgétaire. L'échéance prévue par la dead line a poussé les hommes politiques à trouver une solution pour leur pays. Puissent-ils donner l'exemple aux Belges qui a défaut de respecter des dead lines, ne construisent que des lines entre eux...

Pratique extrême du last minute : le last minute comme mode de vie. A l'instar du lapin d'Alice au pays des merveilles, quand être à labour devient un quotidien. Si déjà certaines personnes se plaignent qu'il n'y a pas assez d'heures dans une journée, que penser quand il n'y a pas assez de minutes dans une vie? Découpage extrême d'une trajectoire de vie, le dernière minute pour profiter de chaque minute. A l'image de ce blog d'une "fille à la dernière minute" : "La dernière fois que j'ai été en avance dans la vie, ma mère était en train d'accoucher à l'hôpital. Ca vous donne une idée...". Récit disons mensuel d'une travailleuse désorganisée qui fait part de ses expérience de last minute non sans humour sarcastique : devoir étudier un examen en 10 heures, avoir des insomnies de stress, … Mieux vaut en rire qu'en pleurer, et prévenir que guérir. Expériences à diffuser. Last minute pourrait devenir un trait psychologique : "Ah mais vous savez, je suis quelqu'un last minute", une qualité (ou un défaut) recherché (ou évité) par les employeurs ou plus proches les compagnons de vie. Peut-on vivre avec un last minute? A condition d'avoir une connexion internet haut débit... Au moins, l'avantage de faire les choses en dernière minute est qu'elles durent moins longtemps. Enfin, il y a certaines choses qu'on aimerait faire durer plus qu'une minute...

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