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La thèse : le sujet

Publié le par anthropohumanisticienne critique

Quel est le sujet de ma thèse? Bonne question. Disons, pour faire simple, qu'il est variable. Je m'explique : j'étais partie à Fès pour investiguer autre chose que ce qui figurera dans l'écrit final, cet autre chose n'étant pas non plus ce que j'investigue actuellement. Mais, entre l'idéel (le projet), le réel (le travail sur le terrain) et le réaliste (le compte rendu écrit final), les décalages sont nombreux.

Je tenterai ici de les décrire, à défaut de pouvoir toujours les justifier.

Ayant obtenu une bourse de FRS-FNRS pour effectuer ma recherche, le dossier de demande de bourse mentionnait une étude, en médina de Fès, de l'attachement que les individus ont au patrimoine mondial, en prenant trois domaines : la poterie dite traditionnelle (Fès est réputée pour sa poterie), les festivals culturels (de nombreux festivals, comme le festival de musiques sacrées, le festival de culture soufie,.. sont organisés annuellement à Fès) et le logement touristique (depuis le début des années 2000, maisons d'hôtes et logement chez l'habitant fleurissent en médina, favorisés par les politiques nationales – Vision 2010 et 2020, Plan Azur,...- et régionales -Programmes de Développement Régional du Tourisme- de développement touristique). Ces trois domaines me permettaient d'embrasser les divers aspects du patrimoine mondial : matériel (maison), immatériel (festival), savoir-faire (poterie). Mais. Il s'est avéré difficile de travailler sur les festivals culturels : difficile de rencontrer certains organisateurs importants, évènements ponctuels qui auraient demandé une présence pour investigation s'échelonnant sur plusieurs années, l'annulation du festival que j'avais mis au centre de mon investigation (Festival d'Art Culinaire). Il s'est avéré preneur de temps de travailler sur la poterie : n'étant en rien experte en poterie, il m'aurait fallu un apprentissage plus que long non seulement en ce qui concerne les savoir-faire potiers, mais également des différentes filières impliquées (commerce, tourisme, artisanat,...). Restait donc le logement touristique, domaine qui je l'avoue me plaçait dans une certaine facilité, la plupart des propriétaires parlant français ou anglais. Pas besoin d'une connaissance approfondie de l'arabe marocain, une simple maitrise pour les interactions quotidiennes étant suffisante.

Mais, cette recherche un peu pépère s'est vue renverser par le comité d'accompagnement (sorte de jury qui évalue l'avancement de la thèse), et une certaine lassitude de voir toujours revenir les mêmes propos parmi les propriétaires, et ce assez rapidement. Changement donc : non pas le logement touristique, mais le logement tout simplement. En plus des propriétaires de logements touristiques et des autorités concernées, tout type de propriétaire et locataire, ainsi que toutes les autorités en charge de la vieille ville, les architectes et urbanistes,.... Bref, un certain élargissement, assez salutaire in fine. De fait, de retour en Belgique, la question était : que faire avec toutes ces informations? Une présentation donnée lors du séminaire au sein de mon université avec Nathalie Heinich avait déjà balisé une partie de la réponse, orientant ma recherche vers la question de la frontière patrimoniale : à partir de quand un objet est-il considéré (ou pas) comme patrimoine par les divers individus et les institutions qui sont en relation avec cet objet? Mais ce n'était pas suffisant, même si le thème de l'attachement était toujours central dans cette question de la frontière. Après avoir assisté à de nombreux concerts (les concerts sont pour moi une source d'inspiration au niveau de la réflexion : je prendrai assurément un abonnement à l'Ancienne Belgique ou autre l'année de rédaction....), et avoir discuté avec diverses personnes, voici ce qu'il en est. Prenant comme questionnement sous-jacent celui de l'attachement au patrimoine, la question de ma thèse est triple : comment habiter le patrimoine? Où se situe la frontière patrimoniale et quelle est la spécificité et l'attachement patrimonial? Comment se fixe et circule le patrimoine? Ces trois questions seront déclinées en trois parties dans la thèse, en plus de l'introduction et de la conclusion, ces trois parties pouvant être lues (et comprises) indépendamment les unes des autres (pas besoin d'avoir lu la précédente pour comprendre la suivante. Explicitation.

La première question, celle de l'habiter, est en fait une ethnographie de l'habiter en médina, une description des différents modes d'habiter, des différents types d'habitants, des diverses autorités impliquées. Une critique revient en effet souvent dans les dires de divers individus en relation avec la médina : les habitants marocains sont aveugles du patrimoine qui les entoure. Face à cette critique que les habitants ne prennent pas soin du patrimoine, quelles sont leurs compétences "patrimoniales"? Il sera donc question de l'histoire de la ville, de l'acquisition et de la restauration des maisons (travaux entrepris et comment,...), du mode de vie (aménagement de la maison, âme de la maison, sentiment d'être chez-soi...), du logement touristique (recevoir des touristes dans une maisons dite traditionnelle), et de la présence des maisons dans les médias (documentaires, sites internet,...). En gros, il s'agit de placer, suivant l'idée de symétrie développée entre autres par Bruno Latour, de rendre aux objets leur place dans la vie des gens et les études anthropologique : la maison est la point focal de l'investigation, avec laquelle une multitude d'acteurs humains (propriétaires, autorités,..) et non humains (archives, photo,...) sont engagés. Et de montrer que ces objets agissent aussi, par exemple en stimulant la créativité des propriétaires en matière d'aménagement.

La seconde question, celle de la frontière et de l'attachement au patrimoine, permet de préciser quelles sont les composantes de l'attachement (qu'est-ce qui crée un attachement) et les spécificités de l'attachement au patrimoine par rapport à d'autres formes d'attachement. Ainsi, l'attachement se décompose en un engagement (contact avec l'objet, émotions et sentiments envers l'objet, valeurs accordées à l'objet, actions entreprises avec l'objet) et une justification de l'engagement. Ainsi, différents types d'attachements pourront être dégagés, comme par exemple l'expert, l'amateur connaisseur, l'étranger intéressé,... Les spécificités de l'attachement patrimonial seront dégagées à partir de la comparaison avec d'autres études portant également sur l'attachement, comme la passion pour la musique, la défense de la nature,.... L'objectif est d'investiguer les compétences, souvent déniées aux habitants, envers le patrimoine.

La troisième question, celle de la circulation et de la fixation du patrimoine, pose un hypothèse : le patrimoine, et a fortiori le patrimoine mondial, est un référent circulant (une catégorie lexicale) faisant partie de l'imaginaire porté par l'Unesco. En tant que catégorie, il circule à travers le monde favorisé par la mondialisation, et prend des formes différentes selon les endroits (objet de culte à préserver en France, objet économique utile pour le développement dans les pays dits en voie de développement,..). Ainsi, l'imagination est une compétence des acteurs de fixer ces catégories dans les situations qu'ils rencontrent.

Affaire à suivre.  

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alain 19/08/2012 02:24

omar pas comprendre... IP (109.14.118.159)