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Journée mondiale des réfugiés et engagement militant

Publié le par anthropohumanisticienne critique

Je ne suis ni militante (défendant un projet de société spécifique) ni activiste (militante active). Pourtant, le jeudi 20 juin 2012, je me suis retrouvée à porter des banderoles dans une manifestation défendant les réfugiés. Serait-ce là une crise d’adolescence modifiant pour un temps (relativement court) mon identité ou une exemplification du « zapping militant ». En effet, une raison de mon « manque d’engagement » est l’abondance de l’offre militante : Greenpeace, Médecins sans frontière, Oxfam, Les Resto du cœur, les syndicats, les différents partis politiques pour n’en citer que quelques uns, sollicitent les citoyens, allant des dons à l’engagement militant actif. Le zapping militant est la possibilité de manifester pour Greenpeace un jour et pour Oxfam le lendemain sans engagement à long terme.

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Sociologues, politologues et journalistes s’entendent généralement pour dire qu’un nouveau militantisme a remplacé les formes d’action militante traditionnelles telles que le syndicalisme ou le féminisme des années 1980. Absence d’humour, routine, organisation verticale (hiérarchie) bureau et formelle caractérisent ce que Jacques Ion appelle un militantisme « total » suite à l’engagement intensif de ses membres (qui consacrent un part de leurs loisirs et de leur vie familiale à la défense de leur cause). A l’inverse, les nouvelles formes de militantisme, aussi appelées militantisme « distancié » ou « post-it » (selon Jacques Ion), « réseaux » ou « collectifs », sont informelles, ont une organisation horizontale (flexible, souple, dépourvue de centre directeur et de bureaucratie), sont libres quant aux modalités et à l’intensité d’engagement. Comme sur une carte, chacun choisit le rythme, le degré et la fréquence de participation à un ou plusieurs groupe(s) militant(s). Oxfam a d’ailleurs intégré cette nouvelle forme de militantisme à ses actions (http://www.oxfammagasinsdumonde.be/2011/01/militer-aujourdhui/). Annie Collovald ajoute à cette distinction organisationnelle une distinction sociale. Les formes de militantisme traditionnelles seraient celles des classes populaires – et sont disqualifiées pour être telles ­­– tandis que les nouvelles formes sont celles des classes moyennes cultivées.

Les militants et activistes des « nouveaux militantismes » font aussi usage d’internet afin, d’un côté, de s’organiser et de réagir à distance, et d’autre part de diffuser un message au public le plus large possible. En plus des « manifestations de papier » qui n’existent que par leur présence dans la presse, certaines manifestations militantes n’existent que sur internet - je pense notamment aux pétitions en ligne. En plus de l’usage d’internet, les « nouveaux militants » proposent en lieu et place des défilés traditionnels avec banderoles et porte-voix, des actions plus proches du spectacle (actions-choc, happenings, concerts,…) mobilisant peu de militants dans des actions de qualité, prenant les passants à témoin et faisant une grande place aux médias. Le risque est alors que l’artistique prenne le pas sur la cause (politique ou autre) défendue.

 

Le 20 juin 2013, à l’occasion de la journée internationale des réfugiés (journée organisée depuis 2001 dans le but de défendre la cause des réfugiés de par le monde), Share  organisait une manifestation baptisée « Contre le silence, faisons du bruit pour les migrants » sur la place du Luxembourg à Bruxelles, de 12h30 à 13h30. Pour faire du bruit, le groupe SYSMO proposait un « concert » de musique sismique, batteurs (de djembé et autres instruments de percussion) à l’appui.

Share est à la fois un projet associatif et une plateforme de coordination d’associations de migrants (La Maison Russe, Carrefour des Cultures, le CCAEB, le RVDAGE/VL, Moja, Na'oura, la Platform van Afrikaanse Gemeenschappen, les Amis du Monde Entier... ) dans leurs relations avec les associations de soutien aux étrangers  (le Ciré, ECRE, la Croix-Rouge, le CBAI, le Centre Culturel Omar Khayam...) et les acteurs institutionnels, politiques et économiques. Autrement dit, Share est un réseau, un forum « un groupe d’acteurs associatifs [qui] ont donc joint leurs efforts et leur connaissance pour cheminer ensemble afin de rencontrer les interlocuteurs issus de la société civile organisée migrante, mais également des acteurs institutionnels, politiques et autres ». Ainsi, le 24 novembre 2012, Share a organisé un forum abordant l'intégration par cinq chantiers : l'emploi, l'enseignement, la culture et les médias, les droits sociaux et fondamentaux, les politiques d'accueil des primo-arrivants.

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Concernant les migrants, Share précise que peu de migrants arrivent en Europe (beaucoup restent dans un pays intermédiaire ou meurent noyées). Une fois en Europe, ces migrants doivent faire face à des politiques qui les criminalisent : les migrants sont indésirables, menteurs, coupables, et ils sont emprisonnés. Ainsi, des politiques sécuritaires (« nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ») engendrent un non respect du droit à la protection. Or, les pays en voie de développement accueillent la majorité des migrants. En conséquence, lors de la manifestation du 20 juin, Share demandait aux hommes politiques belges et européens de respecter les conventions internationales. Ainsi, des pancartes en français et en anglais arborant des « Si demander l’asile n’est pas un crime, pourquoi traiter les réfugiés comme des criminels » ou encore « La terre est plate, les cochons volent, et l’Europe traite bien les réfugiés ».

Suite à l’appel sur Facebook d’une amie impliquée dans l’organisation de cette manifestation, je me suis donc retrouvée sur la place du Luxembourg à porter des pancartes et banderoles (non, je n’ai pas parlé dans le porte-voix, je ne voulais pas en faire trop pour une première fois comme ce n’était pas la passion militante qui me portait). Avec moi, environ 80 militants, majoritairement des jeunes ou des membres des associations participant au projet Share, dansant sur la musique du groupe SYSMO. Une surveillance (très) limitée de la police a permis à l’évènement de se dérouler sans encombre, aux passants et aux clients des cafés et restaurants bordant la place de profiter du concert et de lire les pancartes. Seul bémol : une petite pluie qui durant 20 minutes, a fait fleurir des parapluies au milieu des pancartes. Enfin, j’ai noté l’absence de la presse qui n’a fait que relayé l’information avant la manifestation mais ne l’a pas couverte (une seule dépêche dans La Libre : http://www.lalibre.be/dernieres-depeches/belga/action-bruyante-pour-les-refugies-devant-le-parlement-europeen-51c3076a357037e86ab40ecd).

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Cet événement militant ressemble fortement à ces nouvelles formes de militantisme : un collectif se sert de l’internet (annonce de la manifestation, compte-rendu sur ce blog) pour mobiliser des militants et diffuser des informations, organise un spectacle (concert de SYSMO) afin d’attirer l’attention du public. De là à me considérer comme une militante ayant fait un choix dans son zapping… Si j’ai un pied dans la famille militante (des photos en témoignent sur divers sites internet), je n’ai pas encore fermé la porte de la maison derrière moi.

ION Jacques, 1997, La fin des militants ?, Paris, L’Atelier

COLLOVALD Anne, 2002, L’humanitaire ou le management des dévouements, Rennes, PUR

http://www.shareforum.be/index_fr.php

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