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Etes-vous slow?

Publié le par anthropohumanisticienne critique

 Dans un magasine que je lis assez fréquemment pour me changer les idées, je suis tombée (le mot est bien choisi : mes yeux sont tombés sur le titre, et j'en suis presque tombée de ma chaise) sur un article concernant la "slow minceur". S'en suit une impression que le "slow" est partout : slow food, slow science, slow minceur, slow travelling,... Pour l'impatiente que je suis, je me sens cernée de toutes parts par ce mouvement à priori contre culturel (entendre par là anticapitaliste, le capitalisme étant (su)posé comme la culture dominante du moment). Au delà du "Vous avez l'heure, nous avons le temps", phrase mise dans la bouche de bon nombre d'individus de sociétés dites en voie de développement et servant de miroir réflexif tendu par l'Autre au Soi afin qu'il se contemple, se comprenne et se critique, qu'en est-il de ce mouvement?

Une recherche menée sur Google Scholar fait apparaitre en premier lieu des articles concernant la physique du mouvement, la régénération des muscles, l'imperceptibilité des mouvements trop lents par le cerveau, la technique du mouvement lent pour échapper au prédateur chez les animaux,... Bref, un mouvement lent bien ancré dans les sciences dites naturelles, sciences amenées à mesurer des forces et leurs impacts via divers mouvements transformations. Il est vrai que le mouvement lent, notamment permis par les progrès cinématographiques, ont engendré une meilleure connaissance des corps. On peut directement penser aux scènes de ralentis dans les films de grande diffusion, où l'amant prenant conscience du degré dramatique de la situation court vers sa bien aimée, du soldat courant vers l'ennemi tous muscles dehors et déroulé,... Et j'en passe. Au delà de ces mouvements lents qui renforcent les affects relatifs à la vision, le mouvement lent cinématographique peut trouver d'autres vertus. Je pense notamment aux capacités corporelles rendues esthétiques en visionnant la vidéo suivante: http://youtu.be/LbgMhRMCnfM. Dans le domaine musical toujours, le slow movement caractérise la sonate, et plus présicement les sonates baroques et classiques (c'est à dire des 17 et 18ème siècles), qui alternaient au départ un mouvement lent d'ouverture et un mouvement plus rapide de fermeture, dualité qui s'est complexifiée au fil du temps.

 

Pourtant, dès que le mot "slow" est prononcé (essayez lors de la prochaine réunion de famille ou d'amis: demandez-leur à quoi ils pensent quand on dit slow movement), les individus pensent souvent à la slow food. Mais qu'est-ce que la slow food? C'est avant tout une association "éco-gastronomique à but non lucratif financée par ses membres" comme le précise le site web http://www.slowfood.com. Le mouvement est créé en 1986 par Carlo Petrini, et s'institutionalise via une association fondée en 1989 avec la signature du manifeste (disponible sur http://www.slowfood.com/slowftp/fra/manifestoFRA.pdf). L'association est divisée en convivia (antennes locales) et entend lutter contre la disparition des traditions gastronomiques locales, et le manque d'intérêt des gens envers leur nourriture, tous les deux résultant des effets de l'industrie et de la culture de la restauration rapide. Pour ce faire, une autre logique de production alimentaire est promue : elle se doit de respecter la biodiversité (projet de l'Arche du goût) et de relier producteurs et coproducteurs (promouvoir une nourriture indigène et aider les producteurs à produire de la qualité). Des programmes d'éducation sont mis sur pied pour éduquer au goût et promouvoir une conscience publique des traditions culinaires. Les actions menées sont à la fois locales via les convivia (pour Slow Food Bruxelles : http://www.karikol.be), nationales via les associations nationales (pour Slow Food Belgique : http://www.slowfoodbe.be), et internationales via le Comité directeur.

Avec le temps, d'autres institutions sont venues d'y attacher. Par exemple, la Fondation Slow Food pour la Biodiversité fondée en 2003 et promouvant la biodiversité et les traditions avec une focale sur les pays en voie de développement. OU encore, la Fondation Terra Madre fondée en 2004 travaillant à l'édification d'un système alimentaire durable. Et depuis 2004, l'Université des Sciences Gastronomiques (UNISG) propose des cours en sciences alimentaires et vise à faire se rencontrer innovations et recherches scientifiques avec les traditions et savoirs des producteurs. Pour plus d'informations sur cette université, http://www.unisg.it/welcome_eng.lassoDes documents ont également été élaborés, comme le Statut International, le guide pour ouvrir un convivium, la Déclaration de Puebla, le Mansfeste Slow Food pour la Qualité.

Comme le promeut le site internet, Slow Food est une idée, un mode de vie, et une manière de se nourir, avec à la clé une philosophie du plaisir. L'objectif est d'allier le plaisir de la nourriture à une responsabilité envers la communauté et l'environnement. De fait, les trois mots d'ordre sont une nourriture bonne (fraiche, ayant du goût, satisfaisant les sens), propre (production et consommation ne faisant pas de tort à l'environnement) et juste (prix accessible pour le consommateur, rémunération correcte pour le producteur). Le mouvement se situe donc au carrefour de l'écologie, de la gastronomie, de l'éthique et du plaisir. Pour prendre plaisir à manger, il s'agit de préserver l'héritage, les traditions et les cultures culinaires, et au delà les identités locales. Plus que la gastronomie, c'est la néo-gastonomie qui est promue, notion traduisant une approche multidisciplinaire pour étudier les liens entre l'assiette, la planète, la culture et les individus. Le logo du mouvemnt est un symbole de la lenteur, l'escargot.

 

Outre diverses campagnes (Slow cantines, souveraineté alimentaire, génération future, lait pur, Slow poisson), divers évènements sont organisés, comme la rencontre internationale des convivia, des conférences, des cours de cuisine, des apéro dinatoires, des piques niques,... Pour ceux dont les papilles gustatives auraient été émoustillées, voici quelques adresses : le Madou's Provence (Bruxelles), Le Max (Bruxelles), le Zinneke (Bruxelles), A Table! Salé-Sucré (Namur), Végétable (Namur), Como en Casa (Liège).

 

En 2010, la Slow Science Academy publiait son manifeste (http://slow-science.org/). L'objectif n'est pas de s'opposer à la pratique scientifique, mais de prôner une science qui prend le temps de penser, car "la science a besoin de temps pour lire, et de temps pour échouer". D'un côté, la société doit laisser le temps aux scientifiques, et de l'autre, les scientifiques doivent prendre leur temps. La Slow Science a été pratiquée durant des siècles, et il est temps d'y revenir et de la protéger, afin de lutter contre le "publish or perish".

La notion n'est pourtant pas nouvelle. Eugène Garfield s'opposait en 1990 à l'idée d'une science qui procédait par coups de génie successifs. Au contraire, les avancées sont dues à des années de travail qui préparent le terrain d'une découverte. Il s'érigeait également contre une science pratiquée en fonction d'objectifs politiques (notamment via le financement et les intérêts du moment). De nombreux chercheurs, d'abord issus du domaine des sciences naturelles, puis des sciences humaines, ont repris et défendu l'idée d'un scientifique qui prend son temps pour réfléchir, qui vaque à d'autres occupations pour alimenter sa réflexion, (Dans ce cadre, l'ouvrage de Schelle L'Art de se promener (1802) mérite d'être redécouvert au même titre que la Slow Science. Peu être verrait-on pousser plus d'espaces verts dans les universités) ne doit pas régulièrement renouveler ses sources de financement. Ainsi, en France, l'anthropologue Joël Candau a lancé en 2011 un "Appel à un mouvement Slow Science". Enseignant chercheur, il plaide pour une diminution des tâches administratives au profit du temps accordé à la recherche, une meilleure répartition entre enseignement et recherche, des évaluations ne jurant pas que par les bibliographies.

En Belgique, le mouvement a pris une tournure spécifique, avec le mouvement de la désexcellence, né d'un projet de recherche multidisciplinaire durant lequel les chercheurs se sont rendus compte de leur façon différente de faire de la science, mettant notamment le plaisir et la créativité au coeur de leur pratique. Ils se posaient donc en dissidence de la conception bureaucratique de la recherche prônant quant à elle l'excellence, la productivité et la compétitivité. Refuser l'excellence, c'est "refuser l’excellence c’est refuser une politique scientifique qui nous condamne à l’égoïsme, au calcul et à la médiocrité. Qui nous oblige à être acteurs de notre propre destruction" comme l'écrit Olivier Gosselain (http://www.pauljorion.com/blog/?p=27864). Ce dernier résume les propositions des membres de la Slow Science pour ralentir le mouvement. Du côté pratique, changer les modes d'évaluation de la recherche, informer le public des réalités de la recherche, créer des lieux de retraite et de repli pour pratiquer une autre science (comme le prône la Slow Science Academy). D'un point de vue plus général, il s'agit non pas d'améliorer la science telle que pratiquée actuellement, mais de promouvoir un nouveau rapport à la recherche basé sur la créativité, le plaisir, la convivialité, et de ce fait de s'inscrire dans la tendance initiée par la Slow Food. Il s'agit non pas de "bricoler dans les marges du système" dixit Olivier Gosselain, mais de "transformer nos pratiques scientifiques en (ré)insufflant les valeurs qui font de notre vie une vie de qualité".

 

Nouvelle venue sur la scène, la Slow cosmétique, attribuée à Julien Kaibeck, un amoureux de la beauté qui en avait assez de "voir écrire n'importe quoi sur les produits cosmétiques et ce qu'on peut en attendre", comme on peut le lire sur son blog (http://www.lessentieldejulien.com/). Son objectif via ce site : diffuser des informations sur la cosmétique et le bio, l'aromathérapie, le bien-être naturel, et les huiles essentielles. Outre ces informations, Julien propose également des formations et a écrit un livre ("Adoptez la Slow Cosmétique) qu'il est possible de commander sur internet.

Bon, mais qu'est-ce que la Slow Cosmétique? Déjà, c'est une marque déposée ayant sa page Facebook (http://www.facebook.com/slowcosmetique), dont le mouvement invite à une révolution en douceur pour lutter contre le "brainwashing cosmétique" et adopter "une beauté plus vraie, plus simple et plus écologique". Un article du blog se veut d'ailleurs visionnaire et propose un scénario de cette révolution. Pour ce faire, la Slow cosmétique est intelligente (elle utilise des éléments vivants et naturels ayant un effet positif sur la peau), pleine de bon sens (elle ne crée pas de nouveaux besoins pour la peau et limite le nombre de produits utilisés), écologique (elle limite les emballage et n'utilise pas d'éléments ayant un fort impact écologique) et elle invite aux plaisirs simples (elle rappelle l'authenticité des éléments bons pour la peau et favorise le contact avec la Nature).

Plus que d'adopter une cosmétique bio, il s'agit de réfléchir sur chaque produit de beauté, de sa fabrication à son impact sur l'environnement en passant par son utilité, et d'adopter des gestes qui ne demandent pas ou peu de produits : se passer le visage sous l'eau fraiche le matin, se laver au gant sans savon, utiliser une huile végétale pressée à froid comme moyen d'hydrater la peau. Le lien avec la Nature et l'écoute de son corps est donc encore plus fort.

 

D'autres mouvances du mouvement méritent d'être mentionnées. La Slow minceur, laquelle m'a interpellée dernièrement et peut être "accusée" d'être à la base de cet écrit, s'oppose aux régimes conventionnels prônant la privation pour perdre des kilos qui reviennent aussitôt le régime arrêté, et qui n'hésitent pas à inviter des amis avec eux. Face à ces pertes et prises de poids, le mot d'ordre de la Slow minceur est d'écouter son corps et son plaisir afin de retrouver un corps tranquille. Les médias sont, comme pour la Slow cosmétique, accusés de répandre de fausses informations poussant à la consommation de produits, dans ce cas les régimes, non adaptés. Tandis que le corps, qui est du côté de la nature, sait ce qui est bon pour lui. Il faut donc apprendre à l'écouter aussi bien physiquement (apprécier la nourriture, limiter les quantités avalées et stopper une fois la satiété atteinte) que mentalement (de nombreux problèmes de poids sont liés à des problèmes psychologiques).

Le Slow parenting consiste à laisser les enfants découvrir le monde à leur rythme, et non à organiser pour eux des activités censées les aider à réaliser cette découverte. Il s'agit surtout de lutter contre les classes du soir, les activités para scolaires et l'achat abusif de jeux afin d'occuper les enfants en dehors de l'école, de canaliser leur comportement, plutôt que d'écouter leur rythme naturel de développement. Ainsi les enfants seront plus satisfaits dans leurs apprentissages. Le jeu, la télévision (mais à petites doses et avec intelligence), la prise de risque (ne pas surprotéger les enfants contre les personnes inconnues), les moments en famille (prise de repas commune) sont présentés comme solutions. Parmi les écrits phares de cette tendance, "The Idle Parent" (2009) de Tom Hodgkinson, "Under Pressure: Rescuing our Children from the Culture of Hyper-Parenting" (2008) de Carl Honoré (qui est aussi l'auteur de "Eloge de la lenteur") et "The Price of Privilege: How Parental Pressure and Material Advantage Are Creating a Generation of Disconnected and Unhappy Kids" (2006) par Madeleine Levine.

Y a-t-il besoin d'expliquer ce qu'est le Slow sex? Partant du constat que la quantité (combien d'orgasmes par nuit, combien de temps doivent durer les préliminaires, combien de conquête à l'actif,...) et la performance (obligation de jouissance pour la femme, obligation de vitalité pour l'homme à tout moment) à laquelle l'industrie pharmaceutique vient en aide (viagra,...), prenaient une importance capitale dans les relations sexuelles, un amusement en toute tranquillité est ce vers quoi tend le mouvement. La fondation du mouvement, remonte à 2002 et est due à Alberto Vitale, pour qui la performance sexuelle et le centrage sur soi empêche d'apprécier le sexe. Mais ralentir quoi et quand? Plutôt que de prendre le temps pour mieux performer, il s'agit de construire une relation sexuelle de meilleure qualité, d'écouter son désir et de le communiquer à son partenaire : orgasme rapide ou caresses intimes. Plus plus d'informations sur le sujet, plusieurs ouvrages ont été écrits, comme "Slow Sex: The Art and Craft of the Female Orgasm" de Nicole Daedone, "Slow Sex: The Path to Fulfilling and Sustainable Sexuality" de Diana Richardson. Et pour ceux qui ne veulent pas attendre l'arrivée du livre, http://youtu.be/db4V2FpPD9M

A ne pas oublier dans la longue liste, le Slow travelling, Slow gardening, Cittaslow, Slow art, Slow money. Et j'en passe. A vous de créer le suivant, celui qui vous intéresse.

 

Alors, le mouvement slow est-il un contre mouvement, allant à l'encontre de la société capitaliste libérale? C'est un mouvement alternatif certes, mais bien ancré dans les structures, modes de fonctionnement, idéologies, de cette société capitaliste et autres mouvements dissidents la prolongeant.

Prenons par exemple la Slow Food qui n'est à la base rien d'autres qu'une réaction patrimoniale de préservation et promotion de traditions et cultures culinaires suite à un sentiment de leur menace et de leur possible disparition. Idem pour la Slow cosmétique qui prône un retour aux produits authentiques et naturels, la Slow science qui revendique une protection et un retour à la science lente. L'Unesco ne fait rien d'autre, à une autre échelle peut être, et dans d'autres domaines. Le mouvement est donc bel et bien inscrit dans une idéologie du temps qui passe et du "c'était mieux avant", du temps irréversible dont l'écoulement entraîne automatiquement des disparitions contre lesquelles il s'agit de lutter quand elles touchent à ce qui fait la diversité de l'humanité. La protection de la diversité culturelle et l'écoute de la nature sont en effet des chevaux de bataille de l'association Slow Food, chevaux de bataille partagés avec, encore une fois, l'Unesco, mais aussi l'Union Européenne (Déclaration sur la diversité culturelle), l'Organisation internationale de la francophonie, et les politiques linguistiques de nombreux pays européens. Autant d'institutions donc représentative de cette société capitaliste. La Slow minceur quant à elle invite à une écoute de son corps pour perdre du poids, et ne fait qu'une brève allusion à l'acceptation de son corps tel qu'il est. L'image du corps mince reste donc dominante, avec un bémol : avoir le corps aussi mince que possible dans les limites du naturel. Diversité Culturelle, retour à la Nature, recherche du Plaisir, autant d'idées qui ne sont en rien étrangères aux mouvances principales des sociétés capitalistes libérales.

Outre le côté idéologique, le rapprochement peut être fait au niveau du fonctionnement : le mouvement s'est très vite institutionnalisé, adoptant des documents officiels, s'étendant dans le monde tel un réseau, créant de nouvelles instances et organisations, et allant même jusqu'à produire ses propres experts. La Slow cosmétique va plus loin en adoptant Facebook comme moyen de diffusion. Aussi, la Slow Science adopte le modèle de la communauté, à savoir de groupes dispersés dans le monde, en relative communication, partageant un même objectif et oeuvrant donc chacun de leur côté et avec leurs propres moyens à cet objectif général. A l'instar d'unités décentralisées d'une entreprise, à l'instar des bureaux locaux de l'Unesco. Pas de grand écart donc par rapport à la société capitaliste et ce qu'elle propose, mais une adoption du moule général ne faisant que le renforcer au lieu de le renverser.

Loin de moi la volonté d'affirmer que le Slow Movement n'est qu'un produit du capitalisme qui ne fait que le prolonger malgré lui. S'il en perpétue certaines structures et idéologies, il s'inscrit surtout dans une tendance de mouvements contestataires plus anciens que lui. Le Slow Movement n'a pas émergé subitement du vide avec la Slow Food en 1986. Faut-il rappeler le mouvement hippie et la révolution de 1968 des jeunes générations contre la société de consommation? Faut-il rappeler le mouvement agricole mené par Pierre Rabhi depuis 1981 et qui s'est concrétisé en 2008 par la création du Mouvement Colibris? Faut-il rappeler la multiplication des initiatives durables, équitables et écologiques depuis la fin des années 1980? Loin d'être un mouvement révolutionnaire, le Slow Movement est bel et bien inscrit dans son temps.

 

Si la présentation de diverses tendances du mouvement, et la lecture qui en suit, peut paraître acerbe, je ne veux en aucun cas faire de la critique négative et du rejet les conclusions de cet écrit. Simplement, contre l'impression d'un mouvement Slow qui nous cerne tout en ressemblant à une nébuleuse mal délimitée, contre l'impression d'un mouvement Slow qui entend révolutionner le monde pour en instaurer un nouveau, il s'agissait de faire l'état des lieux d'un mouvement qui prend lentement une place de plus en plus importante de par les nouveaux domaines qu'il investit chaque jour. Il s'agissait de prévenir contre des dérives d'un tout Slow qui à l'instar du tout patrimoine perdrait toute signification. Il s'agissait de rappeler que l'épicurisme lui aussi proposait une philosophie en soi assez simple, et faisait du plaisir mesuré le moyen d'atteindre la sagesse et le bonheur par la réflexion.

Plus qu'une réflexion sur le mode de vie, le Slow Mouvement ouvre la porte à la question de la temporalité. Le temps passe, de manière irréversible, et rien ne peut être fait pour l'empêcher. Dès lors, face au fast, à la vitesse à laquelle pousse "la société". J'écris le mot entre guillemets, car il s'agit d'un raccourci afin d'éviter de mentionner tous les acteurs impliqués. Il s'entend en effet que la société, en tant que réification simplificatrice, n'oblige à rien. Les voisins, collègues, manageurs d'agences publicitaires et de multinationales,... sont ceux qui poussent, mais pour des raisons différentes que d'obéir et de prôner l'idéologie du fast qui en quelque sorte résulte de la concaténation d'une multitude d'éléments, à l'instar du résultat de la créativité selon Whitehead. Pour rappel, selon ce dernier, la créativité est le principe ultime qui "fait que la pluralité, qui est l'univers pris en disjonction, devient l'occasion actuelle unique qui est l'univers pris en conjonction". Autrement dit, la pluralité qui compose le monde se cristallise, se synthétise, en un point pour produire quelque chose de nouveau qui sera lui-même multiple.

Mais revenons-en, et finissons-en, au temps qui passe et contre lequel rien ne peut être fait. Car le Slow Movement partage cette idée. Mais au lieu de vivre ce temps qui passe manière effrénée et sans en profiter, il s'agit de ralentir pour l'apprécier. Après tout, on ne vit qu'une fois, et autant que cette vie soit bonne. Mais plus encore, ce temps qui passe étant abstrait, impalpable, l'humain le concrétise dans des institutions, des objets, des rituels qui, tout en le concrétisant, l'éclipsent. Ce n'est plus le temps qui s'offre à penser, mais le mode de vie, et ultimement l'humain en tant qu'individu.  

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electricien paris 4 29/01/2015 22:13

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Cordialement