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WENGER Etienne, 2009 [2005], La théorie des communautés de pratique. Apprentissage, sens et identité, Québec, Presses de l’université de Laval

Publié le par anthropohumanisticienne critique

Attention : ce résumé a été fait en fonction de mes questions de recherche du moment. Il n'est donc pas complet mais offre un bel aperçu des propos de l'auteur.

 

Introduction : une théorie de l’apprentissage

 

Perspective qui situe l’apprentissage dans le contexte d’une expérience de participation vécue dans le monde. Idée que l’apprentissage est un phénomène social. Il s’agit alors de concevoir l’apprentissage sous l’angle de la participation sociale.

Perspective conceptuelle : théorie et pratique. Conceptions de l’apprentissage, de la nature de la connaissance, de l’acte de connaître : l’humain est un être social ; la connaissance est une question de compétence ; la connaissance se traduit par un engagement dynamique dans le monde afin de poursuivre des buts et des projets ; l’apprentissage vise la recherche de sens.

Communautés de pratique sont omniprésentes : chacun fait partie d’une ou plusieurs communautés de pratique, et cette/ces appartenance(s) constitue l’influence la plus marquée sur la transformation des personnes. Une communauté de pratique peut prendre différentes formes (groupe de musiciens, adeptes d’Internet, scientifiques dans un laboratoire,…).  Ces communautés sont à ce point informelles et répandues qu’elles échappent à l’attention (elles sont trop familières). Beaucoup n’ont même pas de dénomination.

Reconfigurer l’apprentissage : mettre l’accent sur la participation modifie la façon d’interpréter l’apprentissage. Pour les individus, l’apprentissage est une question de participation et d’engagement. Pour les communautés, l’apprentissage est la redéfinition des pratiques et l’insertion facilitée des nouvelles générations de membres. Ainsi, l’apprentissage est partie intégrante du quotidien, de l’engagement au sein de communautés.

Contexte théorique : la théorie sociale de l’apprentissage est au carrefour de plusieurs traditions intellectuelles, comme les théories de la structure sociale (préséance des institutions, normes et règles), les théories du pouvoir, les théories de l’identité (construction sociale de la personne), les théories de la subjectivité (nature de l’individualité), les théorie de l’expérience située, les théories du sens, les théories de la pratique (production et reproduction des modes d’engagement dans le monde), et les théories de la collectivité (types de regroupement, cohésion sociale). Ainsi, si la participation intervient en situation d’interaction, l’engagement s’inscrit aussi dans la culture et dans l’histoire.

 

  1. La pratique

 

  1. La quête de sens

 

La notion de pratique est utile pour examiner la question fondamentale de la construction de sens. C’est par la pratique que s’expérimente l’engagement dans le monde.

Négociation de sens : l’expérience de construction de sens ne survient pas par hasard. Ce n’est pas la prise de conscience d’une routine ou d’une procédure. Tout engagement humain est une question de processus de négociation de sens. Cette négociation met en jeu le langage, mais ne s’y limite pas. La négociation implique une interaction soutenue, un accomplissement graduel et un échange mutuel.

Participation : processus qui consiste à faire partie de quelque chose avec d’autres. Elle suggère à la fois action et connexion. La participation est une expérience sociale de vie dans le monde, d’appartenance à des communautés sociales, d’engagement dans des projets collectifs. La participation est à la fois personnelle et sociale.  C’est un processus complexe qui comprend plusieurs gestes : faire, parler, sentir, penser, ressentir, appartenir. Il engage ainsi l’individu dans sa totalité : corps, esprit, émotions, relations. Une caractéristique de la participation est la reconnaissance mutuelle. Ainsi, la participation n’est pas la collaboration ; la participation à des communautés sociales façonne l’expérience des individus et des communautés (transformation dans les deux sens) ; la participation va au-delà du simple engagement dans la pratique.

Réification : notion qui dans le sens commun véhicule que ce qui est transformé en objet matériel tangible ne l’est pas vraiment. Des notions abstraites comme « démocratie, économie », sont parfois traités comme des objets dynamiques. Ainsi, le processus de réification contribue à simplifier et synthétiser un message. La réification est une projection de ce que nous entendons, un concept qui n’opère pas par lui-même mais qui, à force d’être utilisé pour aider à penser, commence à devenir vivant. Toutes les communautés de pratique créent des choses abstraites, des outils, des symboles, des histoires, des mots, des concepts qui réifient un élément de leur pratique. La réification couvre donc un large éventail de processus comme fabriquer, concevoir, représenter nommer, codifier, décrire, percevoir interpréter, utiliser, réutiliser, décoder, remanier,… Les réifications sont par exemple des articles de journaux, des documents historiques, des données de recensement, des archives, des collections,… A chaque fois, des aspects de l’expérience humaine et de la pratique nt cristallisés dans des objets permanents. La réification est à la fois le processus et son produit. Elles peuvent  être intérieures ou extérieures aux communautés de pratique. Le processus de réification peut être un instrument puissant d’évocation (réifier les aspirations des électeurs dans un slogan). Ainsi, le pouvoir de la réification est la concision, la flexibilité, la persistance. Mais cela représente également un danger : paralyser l’activité, compromettre des significations plus riches, donner l’illusion d’une compréhension complète de ce qu’elle prétend symboliser. Ainsi, la notion de réification va au-delà de la relation d’un symbole à son référent. Elle suggère que les formes peuvent avoir une existence propre, au-delà de leur contexte d’origine. Les réifications acquièrent une autonomie, et leur signification peut alors s’étendre, s’éparpiller.

Dualité de sens : réification et participation sont distincts et complémentaires. La réification ne signifie rien sans la participation, mais elle peut être cruciale dans les négociations de sens. Ainsi, réification et participation compensent chacune les lacunes de l’autre.

  • La participation compense les lacunes de la réification : remédier aux problèmes d’interprétation suscités par la réification quand cette dernière a une forme trop rigide, trop ambiguë, trop imprécise.
  • La réification compense les lacunes de la participation : compenser les fluctuations de la participation, dont la fluidité peut prêter à confusion, dont le caractère implicite empêche la coordination, dont l’application locale.

D’où la question : comment la production de sens est-elle distribuée ? Quelle part est réifiée et quelle part est laissée à la participation ? Quand la participation prend le dessus (la plupart des éléments importants ne sont pas réifiés), il n’y a pas assez de matériau pour stabiliser les règles de la coordination. Quand la réification prévaut (tout est réifié, il y a peu d’expérience partagée et de négociation), il n’y a pas  assez de participation pour obtenir une signification structurée, pertinente.

Mais la dualité participation/réification n’est pas une simple opposition. Une dualité n’est pas une dichotomie. Une dualité est une unité conceptuelle  formée de deux éléments interdépendants, enrichis et dynamisés par la présence d’une tension et d’une complémentarité. Les deux termes ne sont pas mutuellement exclusifs mais opèrent ensemble. La participation ne se résume pas à ce qui n’est pas réifié. La réification a besoin de la participation pour produire, interpréter et utiliser la réification. La participation a besoin de la réification pour coordonner des significations. Ainsi, participation et réification sont deux dimensions en interaction (les deux peuvent avoir des formes et des degrés différents : il peut y avoir en même temps participation et réification intenses) qui ne se substituent pas l’une à l’autre (augmenter le niveau de l’une ne revient pas à diminuer le niveau de l’autre) et qui ne sont pas des catégories de classification (n’établit pas de distinction entre individus et choses).

 

  1. La notion de communauté

 

Les communautés de pratique ne sont ni bénéfiques, ni nocives. Il ne faut pas les évaluer en termes positifs ou négatifs. Elles sont une force avec laquelle composer. En tant que lieu d’engagement dans l’action, de relations interpersonnelles, de savoir partagé, de négociation d’entreprise, les communautés de pratique détiennent la clé d’un changement, d’une transformation ayant un impact réel sur la vie des individus. L’influence d’autres dimensions (pouvoir d’une institution,…) est également importante, mais elle est médiatisée par les communautés où les significations sont négociées dans la pratique.

La communauté de pratique est un modèle particulier de communauté qui implique :

  • Engagement mutuel : la pratique n’existe pas dans l’abstrait. Elle n’existe que parce que des individus s’engagent dans des actions dont ils négocient le sens. Ainsi, une communauté de pratique ne se résume pas à un ensemble d’individus ayant des caractéristiques communes. Pour faire partie d’une communauté de pratique, il faut être partie prenante de ce qui importe, car c’est l’engagement qui définit l’appartenance. Engagement mutuel ne signifie pas homogénéité, mais il crée des liens qui peuvent avoir plus d’impact que certaines affinités. Engagement mutuel ne signifie pas non plus harmonie : une communauté de pratique n’est pas caractérisée par la quiétude, la paix, car elle est aussi faite de désaccords, de conflits.
  • Entreprise commune : résulte d’un processus  collectif de négociation. Elle n’est pas qu’un objectif, mais elle crée chez les participants une responsabilité mutuelle. Une communauté de pratique n’est pas une entité autonome, car elle se développe au sein de contextes généraux (sociaux, historiques, culturels, institutionnels), en fonction de ressources et de contraintes particulières. Ainsi, la pratique d’une communauté est façonnée par des conditions qui échappent au contrôle des membres. Mais la réalité quotidienne est construite par les participants au sein des contraintes, des ressources et du contexte. C’est leur entreprise. Certains aspects  du régime collectif de responsabilité peuvent être réifiés (normes, règles, objectifs), mais ceux qui ne le sont pas ne sont pas moins importants (devenir compétent, avoir un sens de l’esthétisme,… Ainsi, la pratique est définie comme l’ensemble des manières dont les participants interprètent les aspects réifiés liés à la responsabilité, et les intègrent dans des formes dynamiques de participation.
  • Répertoire partagé : ce répertoire comprend des routines, des mots, des outils, des procédures, des histoires, des gestes, des symboles, des styles, des concepts créés par la communauté, adoptés et devenus partie intégrante de la pratique. Ce répertoire combine des éléments de réification et de participation.

 

  1. Apprentissage

 

La dimension temporelle d’une communauté de pratique n’est pas qu’une question de durée. Elle concerne aussi  le maintien d’un engagement mutuel qui permet de poursuivre une entreprise commune dans le but de partager un apprentissage significatif. Ainsi, les communautés de pratique peuvent être considérées comme des histoires partagées d’apprentissage.

Deux facettes des histoires : participation et réification sont deux modes d’existence dans le temps. Mais leur existence temporelle s’effectue en rapport avec des objets différents. Participation et réification entrent en contact dans des moments de négociation de sens. C’est à ce moment qu’elles s’influencent mutuellement. Mais participation et réification ne sont pas imbriquées, n’ont pas de lien chronologique. Ce sont des formes distinctes de mémorisation et d’oubli, de continuité et de discontinuité.

  • Réification : source de mémorisation et d’oubli en produisant des formes qui perdurent et se transforment selon  leurs règles. Mais la pérennité de la réification n’est pas un simple rappel du passé, car elle peut réorienter l’attention, étonner, obliger à établir de nouveaux rapports avec le monde. De la même manière, les artefacts essaient de perpétuer les répertoires au-delà de leur contexte d’origine.
  • Participation : source de mémorisation et d’oubli via les souvenirs.

Ainsi, les individus sont liés à leur passé par des artefacts produits, conservés, érodés, réappropriés, modifiés au cours de l’histoire. Ils sont également liés au passé par leurs expériences de participation, car ils ont construit, acquis, rejeté, intégré et transformé leur identité par un engagement mutuel dans la pratique.

Pouvoirs de la réification et de la participation :

  • Réification : lois, politiques, autorité institutionnelle, interprétations, démonstrations, statistiques, contrats, régimes, conceptions.
  • Participation : influence, autorité personnelle, népotisme, discrimination, charisme, confiance, amitié, ambition.

Il est en effet différent de créer de la cohésion de groupe en misant sur l’amitié et d’établir des objectifs avec un plan de travail et des horaires. Mais comme participation et réification sont complémentaires, les deux formes de pouvoir peuvent se mettre en valeur mutuellement. L’une peut être utilisée pour esquiver ou contrebalancer l’autre. Mais pour être efficace, le pouvoir de la réification implique la participation et vice-versa.

Histoires d’apprentissage : les communautés de pratique ont des cycles de vie calqué sur le processus d’apprentissage. Elles se forment, se dispersent, se développent, évoluent, en fonction du moment, du rythme, de la logique, de la dynamique sociale, de leur apprentissage. Contrairement aux institutions, il est parfois difficile de dater leur durée, leur formation ou leur disparition. Une communauté de pratique ne débute ni ne se termine avec une mission de travail : la mission peut évoluer après avoir été remplie et c’est l’apprentissage plus que la durée précise d’une tâche spécifique qui définit une communauté de pratique. La continuité d’une structure découle de son adaptabilité (mélange de résilience et de dérangement), et non de sa stabilité.

Discontinuités générationnelles : ce n’est pas le nombre de membres qui détermine l’existence d’une communauté de pratique. Les membres la quittent et s’y joignent. L’arrivée de nouvelles générations est indispensable à la durabilité d’une communauté de pratique.  Les nouveaux venus doivent alors être intégrés à la communauté, s’engager dans la pratique, et la perpétuer à leur façon. La « participation périphérique légitime » décrit le processus par lequel les nouveaux venus sont intégrés à la communauté de pratique. La périphéricité fournit l’approximation de la participation nécessaire à la réalisation de la pratique. La légitimité peut prendre plusieurs formes (être utile, être parrainé, être redoutable, être bien né,…).

 

  1. Frontières

 

Les communautés de pratique ne sont pas isolées. Elles maintiennent des liens avec le reste du monde.

Dualité des relations frontières : participation et réification peuvent contribuer à la perméabilité d’une frontière. La frontière d’une communauté de pratique est réifiée par des manifestations d’appartenance comme des titres, des vêtements, des tatouages, des diplômes,… La participation influence le degré selon lequel ces signes agissent comme frontières. D’un autre côté, les produits de la réification peuvent traverser les frontières, tout comme il est possible de participer à plusieurs communautés de pratique. Il s’agit là de deux types de connexion :

  • Objet frontière : artéfacts, documents, contrats, concepts,… qui permettent à des communautés de pratique de coordonner leurs interfaces. Ces objets permettent la connexion et la déconnexion. Ils rendent possible la coordination, mais ils peuvent le faire sans créer de liens concrets. Un objet frontière est alors caractérisé par sa modularité, son abstraction, sa polyvalence, et sa standardisation. Attention, tous les objets ne sont pas des objets frontières. Mais dès qu’ils appartiennent à plusieurs communautés de pratique, ils constituent une connexion de perspectives et peuvent devenir des objets frontières si ces perspectives doivent être coordonnées.
  • Courtage : liens amorcés par des individus pouvant transférer des pratiques d’une communauté à une autre. Les courtiers établissent de nouveaux liens entre les communautés de pratique. Si tout le monde peut être courtier (et l’est dans une certaine mesure), certains ont plus de satisfaction que d’autres dans ce rôle. Le travail de courtage est complexe, car il met en jeu des processus de traduction, de coordination, d’alignement des perspectives. Il exige aussi que l’individu soit légitime pour avoir de l’influence. Mais les risques liés au courtage sont alors les suivants : position d’autorité qui isole du reste des participants, déracinement. Les courtiers doivent en effet conjuguer deux tendances : devenir des membres à part entière ou être rejetés comme intrus.

Connexions complémentaires : participation et réification peuvent créer des liens entre des frontières, mais selon des canaux de connexion distincts. Partager des objets n’implique par forcément de faire chevaucher des participations. Les liens de réification peuvent transcender les limites spatio-temporelles de la participation. La réification a ainsi un potentiel, mais aussi des limites : se mouvoir dans l’espace et se dégager des limites physiques de l’engagement pour se diffuser mais  risquer des interprétations divergentes quand elle dépasse une certaine limite spatio-temporelle dans être accompagnée ; l’ambiguïté de la réification permet d’accommoder des points de vues mais aussi des malentendus. La force de la participation est de pouvoir vivre des expériences par procuration. Mais il faut garder en tête qu’aucun membre ne peut représenter l’ensemble d’une pratique, que ce dont les gens se souviennent dépend de leur expérience du moment.

Rencontres frontières et négociation de sens : Les rencontres frontières (réunions, conversations, visites) peuvent prendre plusieurs formes : face-à-face entre deux membres issus de communautés différentes, immersion, et délégations. La pratique est aussi la source de sa propre frontière. Mais elle peut aussi devenir source de connexion en offrant quelque chose à faire ensemble. Il existe alors plusieurs types de connexions :

  • Pratiques frontières : si ce processus devient autonome, il ne s’agit plus d’une pratique frontière. Le risque est l’isolement.
  • Chevauchements :
  • Périphéries : permettent des expériences en périphérie (comme celle dont les novices ont besoin) aux gens qui n’empruntent pas la trajectoire pour devenir membre à part entière. Il s’agit d’offrir des formes variées d’accès informel et légitime à une pratique  sans avoir à se soumettre aux exigences d’une appartenance à part entière [comme moi à Laon].

 

  1. Domaine et contours d’une communauté de pratique

 

Il ne faut pas banaliser le concept de communauté de pratique en considérant n’importe quelle configuration sociale comme telle. Il ne faut pas non plus lui donner de définition trop restreinte. Mieux vaut examiner la perspective qui sous-tend le concept et développer ne grille d’analyse ou pour jusqu’où, comment et en fonction de quel but il est utile de considérer une configuration sociale comme une communauté de pratique.

Le lieu de la pratique : certains facteurs compromettent l’utilisation du concept de communauté de pratique. Il s’agit de groupes peu stables, de groupes assez indépendants, d’une définition trop abstraite (être facteur) de l’engagement des membres. Le concept de communauté de pratique, en tant qu’outil d’analyse, est de niveau intermédiaire : il n’est ni une interaction spécifique, ni un ensemble large comme une abstraction historique et sociale. Les indicateurs d’une communauté de pratique peuvent être : relations soutenues (harmonieuses ou conflictuelles), manières communes de s’engager, circulation rapide de l’information, définition rapide du problème à discuter, discours partagé par les membres….

Constellations de pratiques : des communautés de pratiques peuvent être des constellations si elles ont des racines historiques semblables, des entreprises communes, ont cause commune à soutenir, si elles sont dans la même situation, si elles ont les mêmes membres, si elles partagent des artefacts, si elles sont proches géographiquement, si elles sont en compétition pour les mêmes ressources. Ainsi, une communauté de pratique peut faire partie de plusieurs constellations. La cohérence d’une constellation doit alors être interprétée en fonction des objets frontières et du courtage ; des pratiques frontières ;  des figures de style qui se répandent ; des éléments de discours qui évoluent.

Local et global : ils ne sont pas des moments historiques distincts, mais sont liés à différents niveaux de participation en situation. Le caractère cosmopolite d’une pratique ne libère pas de la localité de l’engagement (travailler dans un bureau de l’ONU est local à sa façon même s’il s’agit de travailler à des affaires de grande envergure). La perspective globale suppose des échanges complexes, qui voient plus uniquement en voyant moins (voient quelque chose de différent, qui a sa propre pertinence, qui mais qui ne doit pas en venir à remplacer les perspectives qu’il essaie d’incorporer).

 

  1. Savoir dans la pratique

 

L’acte de savoir n’est pas le seul intérêt des communautés de pratique (elles concernent le savoir mais aussi le fait d’être réuni, de vivre des expériences, de créer une identité).

Pour vivre une expérience de signification, il faut être capable de combiner participation et réification dans un processus de négociation. Un ordinateur n’aura pas la capacité de participation, alors qu’une fleur n’aura pas la capacité de réification (théorie sur la fleur). Ainsi, une appartenance compétente comprend : capacité de s’engager (engagement mutuel), capacité de comprendre (responsabilité, participation), capacité d’utiliser le répertoire. Une communauté de pratique représente donc un régime de compétence négocié localement. Au sein de ce régime, le savoir est ce qui serait reconnu comme participation compétente dans la pratique.

Pour que l’apprentissage soit possible, il faut une interaction entre expérience de signification et régime de compétence. Mais expérience et compétence ne se déterminent pas l’une l’autre. L’apprentissage est limité si l’expérience et la compétence sont trop proches ou trop distantes.

Passer une frontière signifie changer de régime de compétence. Ainsi, le savoir est défini dans le cadre de pratiques particulières, où il émane de la combinaison d’un régime de compétence et d’une expérience de signification.

 

  1. Identité

 

  1. Identité dans la pratique

 

L’appartenance constitue l’identité  par des marqueurs réifiés et par les formes de compétence qu’elle comporte. L’identité est une expérience et une démonstration de compétence. Notre compétence acquiert une valeur par son caractère unique, qui prend la forme d’une individualité au sein d’une communauté.

Trajectoires : différents types de trajectoires dans les communautés de pratique : trajectoires périphériques (par choix ou par nécessité, ne jamais faire partie à part entière), trajectoires vers l’intérieur (novices qui se joignent pour être membres à part entière), trajectoires intérieures, trajectoires frontières (courtage), trajectoires vers l’extérieur). Au sein d’une communauté, il existe des trajectoires paradigmatiques, qui sont autant des possibilités de trajectoires pour les novices que des incarnations de l’histoire de la communauté.

Multiappartenance : l’identité n’est pas une trajectoire, mais un noyau de multiappartenance qui implique de  concilier des facettes variées de compétence.

Local et global : une tâche de toute communauté de pratique est de créer une vision plus large du contexte dans lequel la pratique s’inscrit. Les membres d’une communauté de pratique se réunissent pour poursuivre une entreprise, mais ils l’insèrent  dans une vision plus globale des choses.

 

  1. Participation et non participation

 

Participation et non-participation participent toutes les deux à la construction de l’identité. Il existe plusieurs formes de participation : extérieure (étranger), périphérique, marginale, intérieure (complète).

 

 

  1. Modes d’appartenance

 

Il existe d’autres modes d’appartenance que l’engagement dans une pratique. Les communautés de pratique combinent trois modes d’appartenance :

  • Engagement : engagement concret dans des processus mutuels de négociation de sens. Il est source d’identité mais limité dans le temps (il n’y a que 24 heures dans une journée), dans l’espace (impossible d’être partout en même temps) et physiologiquement (impossible de gérer une grande complexité (grand nombre d’activités, de gens, d’artefacts et objets). L’engagement requiert la définition d’une entreprise commune, la production d’un régime local de compétences, la gestion de frontières, l’accès à la participation et la réification.
  • Imagination : création de représentations du monde et de liens spatio-temporels  en extrapolant à partir de l’expérience. Les récits font ainsi  partie de l’imaginaire collectif (voir le présent comme la poursuite d’un héritage passé). Il ne s’agit donc pas de décrire des fantasmes personnels, mais de créer des représentations et des relations dans le temps et l’espace. Néanmoins, l’imagination peut entrainer des stéréotypes qui dénaturent la pratique, ou laisser dans un état d’isolement lorsqu’elle est déconnectée de toute pratique. L’imagination implique l’habileté de se désengager, de prendre du recul, d’explorer, de prendre des risques, de créer des liens imprévus, de dissocier participation et réification,
  • Alignement : mobilisation de l’énergie et des activités  pour les adapter à des structures plus globales et contribuer à des entreprises de plus grande envergure. Ainsi, respecter la loi, se conformer à des attentes institutionnelles, envoyer un chèque pour soutenir une cause,… [Mode d’appartenance de nombreux membres]. L’alignement permet de donner de l’envergure aux actions en coordonnant compétences et points de vue. Mais il peut aussi être aveugle, interdire les remises en question, et aboutir aux abus. L’alignement implique l’habileté de coordonner des perspectives et les actions, d’adapter des efforts locaux à des styles et des discours plus généraux.

Les trois modes d’appartenance comportent un potentiel d’identité et d’apprentissage. La plupart des activités mélangent engagement, imagination et alignement.

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