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BESSY Christian et CHATEAURAYNAUD Francis, 2014, Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception, Pétra, Paris

Publié le par anthropohumanisticienne critique

Attention : ce résumé a été fait en fonction de mes questions de recherche du moment. Il n'est donc pas complet mais offre un bel aperçu des propos de l'auteur.

 

 

Préface à la seconde édition

 

Thème qui les fascine : “comment s’y prennent les acteurs pour investir des micro-détails et les transformer en grandes controverses sur le vrai et le faux?” (8)

 

Introduction

 

Tactique du livre : « raconter des histoires tout en y introduisant graduellement un espace conceptuel dont l’intelligibilité ne saurit aller de soi a priori » (17). En s’intéressant à des objets qui intéressent la vie ordinaire, on est face à une alternative : réalisme (séparer le vrai du faux sur base de critères solides) et constructivisme (bâtir des figures, isoler des formes, caractériser des traits sans jamais  s’inquiéter des exigences de la pratique).

Thème majeur de l’ouvrage : l’incertitude face aux objets du monde et la description des procédés mis en œuvre par les personnes pour y faire face.

Depuis sa fondation, la sociologie s’intéresse aux représentations collectives et à leur objectivation. Le billet de banque est un exemple : il suppose une représentation sociale déposée dans une institution et partagée au point que jamais personne ne fait attention aux propriétés des billets manipulés. « Dès que les choses sont prises en charge socialement, nos manières de les percevoir seraient façonnées, orientées, normalisées, pour ainsi dire de l’extérieur » (20).

Question de l’authentification des objets : décrire les procédures utilisées pour mener les épreuves, faire face au doute, forger des accords, des dispositifs (pour rompre avec le constructivisme).

 

IV. L’art de la prise

 

But « proposer un modèle de compétence de l’expertise qui ne réduit pas le travail des experts au jeu de relations professionnelles dans lequel il s’inscrit » (289). « Le modèle de compétence décrit la capacité à trouver de bonnes médiations, à rassembler, par et pour l’acte d’expertise, des matériaux, des modes de perception, des réseaux de personnes et d’objets, plus ou moins organisés sous forme d’institutions et de collectifs, et de conventions descriptives assurant la cohérence des désignations et raisonnements » (289).  C’est par ce travail de médiation qu’émergent les prises, par lesquelles s’effectue l’expertise. Les prises sont à la fois dans les objets (saillances), dans les corps (techniques incorporées, habitudes et réflexes permettant de sentir et percevoir), dans les représentations qui circulent via le langage, dans les dispositifs qui rassemblent les êtres. Ainsi, les prises ne sont jamais données a priori : les acteurs ont des repères, des points d’appui conventionnels, mais doivent aussi suivre les plis de la matière. « La prise est ce qui permet de maintenir la relation entre les repères et les plis » (290).

 

Les prises de l’action et du jugement

 

L’expertise est un art de la prise : est expert toute personne capable « de faire subir des épreuves pertinentes aux objets et d’élaborer des prises adéquates » (291). L’expertise n’est pas la mise en œuvre de procédures codifiées et réglées par des individus détachés, ni une capacité singulière (flair).

La prise est :

  • Le produit d’une interprétation, d’une construction mentale. Les individus sont habités par une conception du monde qui structure la perception, laquelle est organisée en schèmes. LE corps à corps est réduit à son minimum (regard, lecture). Regard, lecture et interprétation sont souvent synonymes.
  • Un mode de connexion entre les corps. La prise résulte alors de la rencontre entre les corps. Cette version souligne le jeu et la dynamique des processus de perception et de mouvement. L’appareil sensori-moteur joue un rôle important.

Qu’importe le niveau d’éducation du regard et des sens, installer un dispositif dans une situation implique toujours un travail (tri, sélection) sur les traits pertinents, les saillances, les points d’appui. Comme l’environnement fournit toujours une infinité de traits, le niveau de la perception ne peut être confondu avec le niveau conceptuel (supporté par le langage).

En fait la prise doit réunir les deux versions sus mentionnées : elle est « le produit de la rencontre entre un dispositif porté par la ou les personnes engages dans l’épreuve et un réseau de corps fournissant des saillances, des plis, des interstices » (295).  Ainsi, la notion de prise définit les relations entre hommes et choses dans les deux sens : «avoir prise sur (ascendance de l’humain sur l’objet, l’environnement) et donner prise à (de la part des objets).

L’expert compétent est capable de surmonter quatre formes d’épreuves (les 4 sont nécessaires) :

  1. la qualification : la qualification fait passer les résultats des tests physiques et sensoriels dans l’ordre des représentations conventionnelles via des règles taxinomiques, des répertoires, un langage de description.
  2. l’exploration du réseau tracé par l’objet : retracer la genèse de l’objet, qui pointe sur un multiplicité d’acteurs et de ressources qui détiennent, de façon distribuée, la connaissance dont l’expert a besoin.
  3. l’expérience sensorielle : faire attention à des traces, signes, empreintes, qui n’entrent pas dans le champ des mesures instrumentées.
  4. l’examen instrumenté des matériaux : confectionner un espace de mesures et de contrôle des relations objet/environnement. Quand la médiation d’objets techniques est nécessaire, la référence au monde sensible ne passe plus par le corps de l’expert mais par un détour, par l’intermédiaire d’instruments.

Dès lors, la question est : qu’est-ce qui permet de faire tenir ensemble ces 4 opérations ? La prise est leur lieu de réunion, car elle amorce « une restitution des jeux entre les corps et les qualifications, entre les engagements physiques et les énoncés ».

Le repère est « un dépôt d’information dans un objet qui peut facilement être déchiffré par un interprète humain » (301).

Le dispositif est un réseau d’entités organisées par des conventions définissant des états, des modes, des relations. Ils permettent des économes interprétatives et des attributions. Mais comme les corps ne se laissent pas totalement enfermer dans des dispositifs, ceux-ci doivent composer avec les corps en les pliant par des prises adéquates. Ainsi, les corps ne peuvent exprimer leurs qualités qu’à travers les dispositifs.

Le pli est le passage du corps aux dispositifs. Ile st ce qui unit et sépare à la fois.

La prise est consolidée, réussie, quand elle associe durablement des repères et des plis. Il devient difficile de distinguer ce qui relève de l’état des choses (plis et replis de l’objet) de ce qui relève des marques et repères fabriqués par les humains. Un expert élabore des prises qui ne sont a priori pas partagées par l’ensemble des acteurs, qui ne disposent que de repères communs (grossiers, sans voie d’accès aux plis). Le profane a une intuition des plis mais il recourt plus volontiers à des repères communs. Utiliser un repère se fait en retrait des corps, par le détour d’une représentation qui précède l’engagement des corps.  L’expert par contre s’appuie sur des prises capables de faire la relation entre repères et plis, qui n’est en général visible qu’en cas de décrochage, tension ou désaccord. Créer des prises suppose donc de pouvoir éprouver les corps, les objets sans les enfermer dans la logique du dispositif. Si le raisonnement en termes de repères impose des cassures, des distances ; le raisonnement en termes de plis met en avant l’absence de rupture, le prolongement de pli en pli.

[Les objets ont des plis auxquels les humains accordent de l’attention durant un processus de perception de l’objet. Se crée alors une prise. Une fois la relation entre le pli et un repère stable, un dispositif permet de repérer le pli sur d’autres objets, au cours d’autres épreuves. Le repère ainsi créé efface la relation au pli].

Deux principes de la prise :

  • « Si l’on considère les éléments mis en jeu lors d’une épreuve, une prise est pertinente si et seulement si elle rassemble ces éléments en favorisant des rapprochements et des recoupements, sans créer d’opacité supplémentaire, de contradiction flagrante, ou de décrochage entre les catégories, les réseaux, les corps et les matériaux.
  • Une prise scellera d’autant mieux un accord qu’elle peut être partagée à moindre coût, par un effort réduit, un engagement minimal de l’ensemble des protagonistes » (311).

 

Différentes façons de concevoir les objets

 

« L’expertise complète d’un objet connecte les indications fournies par le réseau dans lequel il circule, les définitions conventionnelles qui lui sont associées, les indices que livrent les matériaux et les cautions offertes par le dispositif sensoriel » (313).

L’objet se tient quand il réunit de façon durable ces quatre états :

  • Objet-matière : son mode d’existence engage les rapports entre les matériaux et leur environnement.
  • Objet-réseau : passe, circule, relie des acteurs divers. Il en peut se différencier de la rumeur s’il ne s’incorpore pas de la matière, ne se fixe pas dans des perceptions et des représentations communes. Pour qu’il reste immuable tout en étant mobile, la seule possibilité est qu’il prenne la forme d’un standard. Mais le standard qui atteint la perfection s’efface, devient invisible.
  • Objet-perçu
  • Objet-définition : doit sa suprématie au tournant linguistique, le langage étant posé comme un médiateur décisif dans la fixation de l’identité des objets.

Les objets ordinaires ont la faculté de devenir transparents. Les choses suscitent des troubles sur base de trois sources (pouvant se combiner) : l’entrée dans un monde peu familier, un changement de dispositif, une rupture dans la routine.

Objectivation des objets (Merleau Ponty) : « l’objet n’est objet que s’il peut être éloigné et donc à la limite disparaître de mon champ visuel ». Dès lors, une condition nécessaire pour qu’émerge un objet : il faut qu’il puisse être détaché du corps pour être traité comme une chose extérieure.

L’idée est de rentrer par le rôle des sensations, par la façon dont le corps témoigne de l’être au monde. Le corps propre, contrairement à l’objet, se dérobe à l’exploration et il est difficile de s’observer en train d’observer. Dans un rapport d’emprise (emprise = absence de rupture entre le corps propre et le cors de l’objet, pas de détachement), cette exploration est d’autant plus compliquée, rendant difficile toute opération descriptive fondée sur un langage stabilisé.

Faire surgir les plis cette proposition permet « d’envisager autrement les relations personnes/objets en pointant sur des états ou des régimes pour lesquels les qualifications, les concepts, les repères cognitifs classiques sont de mauvais descripteurs de ce qui guide réellement les actions » (327).

Importance des collections dans les formes de qualification des propriétés des objets. Les collections peuvent être vues comme des formes de dépôt d’informations dans l’environnement : mettre en présence des objets soulage le travail mental des individus en fournissant des saillances, des jeux de ressemblances et de différences qui produisent des affordances pour l’expertise ou le jugement.

Peut-on relier les épreuves sensibles aux catégories de la pensée sans développer, sur des bases empiriques une pragmatique de la perception et du jugement ? Les sciences sociales, pour participer à répondre à cette question, peuvent étudier les postures et dispositifs inventés par les protagonistes pour fixer l’accord des évaluations et des sensations.

L’approche de l’expertise ici développée relativise le poids des connaissances formelles et des postures intellectuelles, valorisées par le système scolaire et identifiées à trop bon compte en liaison directe avec leur degré de généralité.

L’approche conventionnaliste s’intéresse au rôle des objets dans la clôture des disputes, dans l’élaboration de jugements, dans la coordination des conduites. Ainsi, les objets, extérieurs aux personnes et à leurs élaborations argumentatives, sont pacificateurs et coordinateurs, parce qu’objectifs. Mais dans certains cas, les objets ne sont pas des supports d’argumentation. Ils sont au centre des épreuves, la question de leur qualification étant posée. Or, la qualité est souvent traitée comme une affaire de normes ou de convention, ces dernières servant à esquiver l’éprouve sur les personnes ou les objets en permettant aux acteurs de faire comme si, de s’en tenir à des définitions ou caractéristiques formelles. Réduire l’accord sur les qualités des biens à des conventions, c’est réduire l’opération de qualification à la définition d’une commune mesure. Mais dès que la question des qualités importe réellement, les conventions sont ramenées à leur fonction de guide, de cadre préétabli pour l’action. L’explication par les conventions suppose en effet des espaces de calcul homogènes reposant sur des jeux de repères communs. Pour authentifier un objet par exemple, si l’on ne s’appuie que sur les repères conventionnels déposes dans les choses ou les dispositifs qui les accompagne, il est impossible de différencier l’authentique de l’inauthentique puisqu’un faussaire peut appliquer ces repères pour fabriquer un objet.

Quand on suit des repères conventionnels, on se replie sur des informations connues : seules certaines valeurs changent au sein d’un espace de calcul et de représentations prédéfini. Mais quand une multiplicité de représentations sont possibles, quand une représentation inédite surgit, Gombrich parle de perception pour qualifier le fait que l’attention des sens et la mobilisation des capacités interprétatives sont accrues. Ainsi, l’expertise ne suppose pas uniquement une tension cognitive basée sur des conventions ou des représentations, mais également un engagement corporel adéquat, une forme de présence par la mobilisation des sens.

 

Esquisse d’une théorie de la compréhension

 

Entre sujets et objets, l’engagement corporel est décisif. Avec la notion de prise, on évite la contrainte phénoménologique du centrage sur les personnes. Avec la notion de prise, l’analyse peut circuler  d’un corps à l’autre, que ce corps soit vivent, inerte, simple, complexe,…

Certaines micro-perceptions nécessitent une attention, une vigilance particulière dont la description ne va pas de soi.

Caractéristiques du pli :

  • Quand on plie une feuille de papier, le pli est ce qui sépare et réunit à la fois, ce qui double en assurant l’unité.
  • Quand on appuie beaucoup sur la feuille de papier pour bien marquer le pli, le pli devient irréversible, indélébile. Le pli est donc lié à la trace, à la mémoire.
  • Comme la notion de repère et de prise, la notion de pli permet de passer des personnes aux choses. Au niveau des plis, il y a continuité entre les êtres.

« Nous sommes tous des experts dans les univers que nous avons investis : nous somme capables de faire coexister des grandes perceptions (accessibles aux autres) et des plus petites (qui peuvent se décliner jusqu’à l’infini). « (360).

Dans les situations qui exigent de produire des prises, il faut passer par les corps, les faire sortir de l’oubli. L’expression langagière a sa place dans ce mouvement, mais elle n’a pas le statut privilégié. L’épreuve sensorielle est un moyen d’entrer dans les plis qui se manifestent dans l’expérience sensible. Les calculs et les représentations, le passage obligé par des instruments, conduisent les modernes à ne plus accorer d’importance au dispositif sensoriel, décrié comme subjectif. Or, ne posons pas à priori l’objectivité ou la subjectivité des sensations, mais traitons la comme un produit éventuel de la série d’épreuves que traversent personnes et objets. Une personne agit par intuition quand elles associent perceptions et raisonnement sans pouvoir construire les prises reliant les deux. L’explicitation des prises est en effet essentielle au déploiement d’une chaine causale. L’intuition est quant à elle incontournable face à l’envahissement des plis ou face à l’incertitude sur le bon espace de calcul. Suivre son intuition revient donc à suivre les plis en délaissant  une pluralité d’espaces de calculs possibles.

On ne peut tout faire porter au dispositif sensoriel de l’expert. Mais celui-ci est doté d’une capacité d’attention et de vigilance qui lui permet de déceler les propriétés pertinentes de l’environnement.

Les ressorts sensoriels sur lesquels s’élaborent la perception et l’installation des dispositifs adéquats n’est pas absente dans le langage de description de l’expertise. Au cours d’une soirée entre ami, un homme décide qu’un des vins n’est pas  à la hauteur, et décide de lui faire un procès (ici local, avec ses amis, autour de la table). Seul son corps lui permet de passer de la sensation (mauvais vin) au jugement. Le passage par l ‘épreuve sensorielle est donc incontournable : le corps est à l’origine du test, il en assure aussi la validité en rapportant les états produits à des expressions communes et peu réflexives (sentir bon, avoir une belle couleur, …). Les premiers guides sont les repères conventionnels communs (prix, étiquette,..), mais ils ne sont pas suffisants. Pour fournir des prises communes, les perceptions doivent aller avec un dispositif qui assure le passage des sensations aux qualifications. Faire émerger ce dispositif est essentiel. Pour le connaisseur, pas besoin d’expliciter ce dispositif. Ainsi, ce qui manque au profane n’est pas l’appréciation par le corps, ni les repères commun, mais les dispositifs intermédiaires qui permettent le passage entre les deux.

Les sens ne sont pas tous traités de la même façon. La vision et l’ouïe sont les sens qui permettent la perception à distance. Le tactile suppose le contact, toujours proche de l’emprise (on est touché par ce que l’on touche : réciprocité dans le contact).

La familiarisation avec les objets par les sens, leur domestication, permettent aux acteurs de se mouvoir en maitrisant l’environnement. L’acteur peut aller jusqu’à l’oublier. Quand ce n’est pas le cas, il faut négocier avec les choses, pacifier les relations, fixer l’attention sans céder à l’anxiété. Les objets ont en effet différents modes de présence : transparence (en continuité avec le corps propre) ou soumis à une attention particulière.

Le concept de compréhension permet de décrire la faculté dont disposent les individus à trouver la juste distance dans les différentes épreuves qu’elles traversent.

Régimes avec les objets : transparence, compréhension, emprise, objectivation.

  • Emprise et objectivation supposent un engagement (engagement du corps dans un état de possession, engagement d’un dispositif dans un état de tension). Objectiver repose moins sur un prise de distance que sur le rapprochement d’un dispositif pré-existant avec une situation. Or, installer un dispositif ne va pas de soi, car un dispositif qui n’est pas connecté aux plis est inefficace.
  • L’objectivation suppose l’installation d’un mode critique de relation entre les êtres. Il faut pour cela connecter une perception à une représentation, à une attente.
  • L’emprise : on ne peut se détacher de la relation présente, la distinction objet/sujet n’est pas pertinente. Sortir de l’emprise nécessite donc un travail sur les corps.

Dans les situations de routine, la transparence domine : ce qui circule ne fait pas l’objet d’une qualification. Mais tous les êtres n’ont pas la même capacité d’effacement. Les êtres ne peuvent s’effacer que s’ils peuvent se replier, se plier les uns dans les autres.

L’art de la prise suppose un régime de compréhension. Cela implique également un engagement, mais ce dernier est distancié grâce à l’appui sur un minimum de dispositifs. Il faut en même temps être attentif à l’ensemble des médiations actives. Etre en compréhension, c’est accepter que toutes les prises ne soient pas données à priori : un reste exige de s’engager dans l’épreuve pour négocier les bonnes prises, en frôlant alors le rapport d’emprise. LA compréhension permet de tracer une voie entre la critique (régime d’objectivation) et la présence (régime de l’emprise), de sortir de l’emprise sans rompre brutalement les liens tissés entre les êtres.

 

Entrer dans un espace de justification fait perdre les prises sur le monde réel.

Quatre figures de l’authenticité :

  • Résultat d’une épreuve de certification.
  • Rapport à une forme prototypique.
  • Expression langagière de la présence (être là).
  • Forme négative de la mise en scène.

 

Postface à la seconde édition

 

La question de l’authenticité cache la question de la valeur (ce que vaut un être, une chose, dans un contexte déterminé).

A la base de la théorie de la prise, une question : quel est le statut des objets dans la formation des accord et désaccords entre les personnes et les groupes ? L’idée était que les objets, les instruments, les agencements matériels servent d’appui, de socle à l’organisation des relations sociales. Au final, cela a permis d’élaborer une théorie de l’expertise qui évitait deux réductions : réduire la perception dans le monde sensible aux formes d’expression des jugements de valeur, réduire les opérations techniques au contact des choses à une pure logique de catégorisation sociale

« Dans tous les domaines, dès qu’une représentation est communément partagée et que le dispositif qui l’incarne dans le monde fait signe en nourrissant continument l’expérience ordinaire, puisqu’il est conçu pour la renvoyer en miroir, on peut s’attendre à de nouvelles affaires. Elles sont le plus souvent provoquées par une perte d’attention, elle-même engendrée par un différentiel de perception entre ceux qui s’en tiennent aux repères et aux apparences, et ceux qui  ont accès à la fabrique des indices et des signes.

Ce livre avait remis au goût du jour le concept de perception, tel que défini par Merleau Ponty. Cela permettait d’ouvrir une troisième voie entre deux courants opposés qui s’influençaient mutuellement :

  • Théorie de l’acteur réseau : l’ANT mettait en avant  la prolifération des agencements d’acteurs humains et non humains, et visait la formation au cœur des réseaux de points de passage obligés.
  • Economie des conventions : l’acteur réseau était mis face à des contraintes de justification. Il s’agissait d’identifier des formes stables de l’action et du jugement, en mettant l’accent sur les opérations de justification, la production des accords et des dispositifs de coordination.

Mais il manquait à ces deux approches une dimension importante : celle de l’attention aux choses. Par exemple, l’idée d’argumentation et celle de controverse ont partie liée avec la visibilité publique. Or, bien des choses et des êtres ne sont pas visibles, descriptibles, audibles. Le poids des routines, des conventions, des repères est très fort sur l’expression des formes de vie et des différentiels de perception. Avec la prise, il s’agissait de se doter d’un concept relationnel et pragmatique.

Auteurs importants :

  • Ingold : préoccupation pour la capacité de circulation, avec un penchant pour l’expérience par les plis.
  • Hennion : pose la question de ce qui fait prise, fait du goût une modalité majeure, mais problématique, de l’attachement (terme qu’il préfère à l’emprise). Un attachement est issu d’expériences passées, il est constitutif d’objets et de nuances, de savoir-faire et de répertoires, de critères et de techniques, d’histoires communes et d’évolutions contestées, il est formé par l’ensemble des médiations qui coproduisent la présence des choses mêmes, présence que l’amateur doit chaque fois  reconquérir puisqu’il est tout sauf passif. L’attachement participe aussi à l’instauration de communautés de pratique vers lesquelles convergent els carrières d’amateurs et des objets. Les amateurs peuvent y échanger un langage partagé de prises, exprimer leur ressenti, leur approche des propriétés des objets (goûts valeur, valences), se laisser surprendre  par l’émergence de nouvelles qualités. Ainsi, les attachements sont des forces conservatrices (de compétences, de qualités et novatrices par la production de différences. Pragmatique du goût : le goût n’est pas une variable qualitative, mais il témoigne de l’attention aux choses.

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