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J'ai été à la manif le 6 novembre

Publié le par anthropohumanisticienne critique

Hier, 6 novembre 2014, j’ai été manifester à Bruxelles. Manifester n’est pas dans mes habitudes, il s’agissait seulement de ma seconde manifestation en 27 ans. Pas de quoi fouetter un chat donc. J’ai été manifester car, similairement à bon nombre de citoyens belges, je pense que le gouvernement actuel a pris certaines mesures allant à l’encontre d’un redressement économique de notre pays. Je ne désire pas spécialement renverser le gouvernement. Certaines mesures (comme la lutte contre la fraude sociale) ne sont pas mauvaises et oui, je pense qu’il faut laisser une chance à ce gouvernement dans une certaine mesure. Mais il faut aussi que ce gouvernement sache que tout débordement, toute mesure qui touche les travailleurs sans contrepartie chez les employeurs, entrainera … des débordements.

Quelle est l’origine de cette manifestation? Difficile à dire, mais le travail des syndicats est indéniable (comme Olivier Chastel l’a gentiment critiqué au JT de la RTBF jeudi 6 novembre vers 19h50). J’ajouterai un sentiment sous-jacent à bon nombre d’échanges verbaux avec d’autres manifestants, aux slogans écrits sur les pancartes et écriteaux et scandés dans la rue, aux discours des chefs de syndicat, celui d’une profonde injustice. Pourquoi tout faire peser sur les travailleurs alors que “les riches” resteront riches. Les travailleurs ont le sentiment qu’ils devront faire tout l’effort, et cela suffit pour faire manifester plus de 100.000 citoyens. Un simple sentiment d’insécurité encore plus diffus que celui éprouvé quand on traverse le soir un quartier mal famé. Un sentiment difficile à cerner, et dont on ne sait combine de temps il durera. Un sentiment qui provident d’une distorsion entre ce que les citoyens choisi par leur vote et le gouvernement qu’ils ont eu : pas de PS, CDH ni Ecolo au gouvernement, à quoi sert-il encore de voter?

J'ai été à la manif le 6 novembre

Ce que le gouvernement a réussi hier, c’est de rassembler des milliers de personnes de tous âges (des étudiants aux pensionnés), de tous bords politiques (de l’extrême gauche à l’extrême droite), de toutes les régions du pays (wallons, flamands, bruxellois sans oublier les germanophones), de toutes les professions (enfin, pas vraiment…). Pour une fois, tous ces Belges ont vibrés ensembles derrière autre chose qu’un match des Diables Rouges. La suite de cet article n’est pas consacré à une analyse fine, sociologique, de ce qui s’est passé le 6 novembre. Je n’aborderai pas directement des problèmes politiques (la NVA est fasciste, le MR se fait manipuler, le PS a orchestré toute la manifestation, le CDH ne s’est même pas mouillé), tant je trouve que la scène politique belge ressemble à une cours de récréation d’école primaire (peut être maternelle) depuis quelques mois. Je ne gaspillerai pas de ligne à parler d’une situation aussi pitoyable. Je m’intéresserai principalement aux réactions politiques et citoyennes que cette manifestation a suscitées.

 

La Ministre de la Mobilité, Madame Galand, a commencé par s’étonner du prix du billet de train en direction de Bruxelles le 6 novembre. La SNCB a en effet proposé des billets au tarif « événement » que les syndicats ont acheté en grand nombre (60.000 tickets annoncés) et distribué aux manifestants dans les principales gares du pays. Les trains roulaient donc, tout le monde pouvait les prendre, et le ticket était gratuit. Certes, les conditions de transport étaient difficiles (trains bondés, etc.), mais la SNCB avait pour une fois, involontairement, adapté ses tarifs à des conditions de transports pas toujours des plus agréables. Mais ceci est une autre histoire.

A ceux qui clamaient dans une carte blanche publiée dans la DH « Alors d’accord vous défendez soit disant le droit du travailleur, mais que faites-vous justement pour les travailleurs qui ne veulent pas faire grève et veulent travailler ? », je réponds que rien n’empêchaient ceux qui voulaient travailler d’y aller en train, en voiture, en vélo, en co-voiturage, ou autre. Il n’y avait pas grève hier, il y avait mobilisation nationale. En 2012 déjà, Hugues Le Paige écrivait suite aux réactions anti grève de février: « On a vu à cette occasion combien le discours de l'austérité est intégré dans les mentalités médiatico-politiques, jusqu'où la culpabilisation de ceux qui mettent en cause le désordre établi peut aller et à quel point l'hégémonie politique et idéologique de la droite domine les esprits. » Les anti grève argumentaient que certains doivent aller travailler pour gagner leur journée et perdent une journée de salaire s’ils ne se rendent pas au travail. Des milliers ont un emploi plus que précaire et travaillent beaucoup (et bientôt beaucoup plus longtemps) pour gagner peu. Ces milliers qui travaillent tous les jours et peuvent payer près de 50% aux impôts et à la sécu. Alors oui, ces milliers ont reçu 10 euros quand on leur annonce que les années à venir, ils perdront ces mêmes 10 euros tous les mois suite au saut d’index.

Je suis d’accord avec les anti grève sur deux points. Le premier est l’incivilité de nombreux manifestants. Je ne parle pas ici de violence mais bien d’incivilité : bousculade gratuite, dégradation du matériel urbain, état d’ivresse pendant la manifestation. Bon nombre de manifestants avaient une canette de Jupiler ou de Maes à la main, bon nombre s’arrêtait dans les cafés afin de vider leur choppe, bon nombre sont arrivés (voire pas arrivés) en état d’ivresse. Je ne parle pas de ceux qui urinaient dans la rue. De la à dire que la moitié des manifestants étaient saouls (cf. la même carte blanche), je pense que c’est un peu exagéré : 60.000 complètement saoules dans Bruxelles, cela laisse plus de trace (notamment olfactive) que ce qui s’est passé (en dehors des violences). Second point d’accord, un refus de faire grève. Si je ne nie en rien le droit de faire grève, je pense son impact plus que limité, car la grève gêne d’abord ceux qui ne font pas grève, ceux qui font grève (eh oui, on ne la fait pas toujours de bon cœur), et non les politiciens (du moins pas directement). Au vu de l’importance qu’ont pris les réseaux sociaux dans l’organisation des manifestations et des grèves, pourquoi ne pas imaginer de rester chez soi et empêcher, via un envoi intempestif de mails, les institutions nationales de fonctionner ? Pourquoi ne pas faire une « grève de la gratuité » dans les transports en commun, Pourquoi ne pas envahir les grandes surfaces en prenant toute leur nourriture soit disant avariée et aller la distribuer à des SDF ? Pourquoi ne pas organiser des meetings qui informeraient vraiment les citoyens sur ce qu’il se passe et sur ce qu’il est possible de faire ? Pourquoi ne  pas instaurer des réseaux d’échange de biens (aliments, vêtements, livres,…) et de services (cours, réparations domestiques,…) qui échapperaient à tout contrôle de l’Etat mais bénéficieraient aux citoyens (et à leur portefeuille) ? Les routines, la peur du changement, un égoïsme un peu trop prononcé pour le confort personnel empêchent ces mesures de se généraliser.

J'ai été à la manif le 6 novembre

Seconde réaction politique : Bart de Wever, qui rappelons le n’est pas membre du gouvernement, annonce qu’il « n’y a pas d’alternative à notre politique » (avoue-t-il qu’il tire les ficelles de Michel ?), comme bon nombre de critiques affirment que les syndicats ne proposent aucune alternative. Pourtant, des solutions existent pour que l’Etat belge gagne de l’argent sans faire reposer toutes les restrictions sur les travailleurs. D’accord pour se serrer la ceinture, mais tout le monde doit aussi se serrer les coudes. Tout le monde, riches comme pauvres. Pourquoi ne pas renforcer la sécurité routière en pénalisant tout manquement au code de la route ? Pas de clignotant, queue de poisson, excès de vitesse, non respect d’un feu de signalisation, etc. : amende. Et là, il y a de l’argent à gagner ! « Les Belges » roulent mal et dangereusement, prenez l’argent des chauffards sans distinction de classe sociale ! Pourquoi, dans un élan de solidarité, les ministres ne diminueraient pas leur salaire ? Cette diminution ne comblerait pas la dette bien entendu, mais elle montrerait aux citoyens de la classe moyenne et de la classe populaire qu’ils ne sont pas les seuls à devoir se serrer la ceinture. Pourquoi ne pas diminuer les exonérations fiscales des sociétés ? Bon nombre de sociétés belges et étrangères installées en Belgique bénéficient de ristournes fiscales, à savoir la différence entre l’impôt effectivement payé et l’impôt qui devrait être payé au taux nominal (33,99%). En 2012, les sociétés ont bénéficié en tout de 9,37 milliards d’euros. Cette année là, Delhaize a fait un bénéfice en 2012 de 411.221.000 euros, a payé 609.000 euros d’impôt et eu une ristourne de 139.165.018 euros. La société a payé 0.15% d’impôt. En 2013, 1000 entreprises belges ont bénéficié d’un taux d’impôt moyen de 6,7 %, soit près de 13 milliards d’euros que perdait l’Etat belge. Par exemple, le groupe Bruxelles Lambert faisait un bénéfice de 845.692.000 euros, et ne versait rien aux impôts, bénéficiant ainsi d’une ristourne de 287.450.711 euros avec un taux d’imposition à 0%. Voici autant de mesures pour que la Belgique donne l’exemple, au lieu de suivre les pays qui nous ont précédés dans des moments difficiles similaires (dixit le même Bart).

 

Dernière réaction politique épinglée, celle de Charles Michel qui condamne les violences inacceptables. Un chercheur de l’Université libre de Bruxelles, a en partie défriché cette question sur sa page Facebook. Voici son argument : un mouvement social n’est rien sans violence. Un mouvement social doit être capable de montrer sa puissance afin de ne pas être un « ballet de danseuses ». Un mouvement social a besoin de force et de visibilité, tout comme il a besoin de manifestants pacifistes et de politiciens actifs au niveau institutionnel. Avec ces trois composantes, un mouvement social peut changer les choses sans avoir besoin de la majorité. De plus, que faire quand l’Etat, ayant le monopole de la violence légitime, agit à l’encontre des citoyens ? La violence est-elle dans ce que le gouvernement fait de l’Etat ou dans le fait de brûler quelques voitures ? (Entre parenthèse au passage, la violence faisant rage sur les réseaux sociaux, une violence « anonyme » et gratuite, est elle aussi éloquente, entre ceux qui soutiennent le mouvement et ceux qui s’y opposent). Cela dit, les « casseurs » de la manifestation n’étaient pas dirigés par les syndicats : membres de partis d’extrême droite belge et hollandaise, dockers du port d’Anvers, et individus qui aiment casser du flic.

J'ai été à la manif le 6 novembre

Cette manifestation n’est probablement, et je l’espère, que le début. Mais le début de quoi ? Du changement. Mais de quel changement ? Positif ou négatif ? L’avenir nous le dira, mais pour que le Bêêêlge cesse d’être un mouton, il devra voir au delà de son brin d’herbe qu’il veut défendre à tout  prix. L’herbe est différente ailleurs, mais n’est pas forcément meilleure. L’effort, le travail à accomplir, est celui d’améliorer l’herbe de tout le monde (ce qui ne signifie pas que tout le monde mangera la même herbe).

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artisan serrurier 25/11/2014 02:39

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Cordialement