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Fête du sacrifice au village - 2

Publié le par anthropohumanisticienne critique

 

12h20, heure du sacrifice

Les hommes ont commencé par brûler de l’encens sur une buche en braise. Cela a dégagé de la fumée. Neuf hommes ont ensuite pris du riz sec dans un bol, et se sont accroupis en arc de cercle autour du cochon. Ces hommes sont de tous âges : principalement des vieux (6) mais aussi des plus jeunes. Le chef du village ne fait pas partie de ces hommes. Ils lancenr le riz sur le cochon et  demandent (en Kreung, la langue locale) aux dieux de recevoir les offrandes et d’apporter la paix, la prospérité et la santé au village pendant un an, et d'empêcher les grands vents de rentrer dans le village. Une fois qu’ils n’ont plus de riz en main, ils joignent les mains devant eux et les agitent au rythme de leur prière. Face à eux, le cochon se débat. Les prières durent 50 secondes. Un des hommes enlève alors la buche et le bol de riz.

Le cochon a été tué en premier. Un des hommes (cela peut être n’importe qui dans le village, ici un jeune) a pris une grosse buche et a frappé deux fois le crâne du cochon. Un autre homme, jeune aussi (aucun des deux n’était parmi ceux qui ont fait les neufs hommes ayant récité les paroles) est ensuite arrivé avec une barre de fer et a donné 4 coups sur la tête du cochon. Le cochon remue légèrement (spasmes). On voit sur le dessus du crane la marque de la barre de fer. Tous quittent le cochon pour aller trouver un couteau. Un troisième homme (un des aînés qui faisait partie du groupe de prière) arrive avec une petite machette. Mais il ne parvient pas à transpercer la peau du cochon. Un quatrième homme (il faisait aussi partie du groupe initial, mais est plus jeune) arrive alors avec un couteau fin. Le jeune qui avait frappé avec la buche enfonce alors la lame dans le cochon (derrière l’épaule) en frappant sur le manche avec la machette. La lame s’enfonce. Il la tourne dans tous les sens, dans le cochon. Ce dernier ne bouge plus. Aucun sang ne coule.

Un homme va chercher de l’eau au puits collectif. Il verse de l’eau dans la plaie. Cela fait réagir le cochon. Autour de ce cochon, il y a 5 personnes, dont un enfant de 10 ans, qui a assisté au sacrifice. Peu de gens regardent vraiment (une dizaine), et aucune femme n’est présente. Aucun signal n’a été donné pour prévenir les villageois que le sacrifice avait lieu. Le tout a duré 6 minutes. 

C’est maintenant au tour des poulets (un coq, noir, et une poule, brune). Le second homme qui a frappé le cochon s’accroupi près des poulets. Il place devant lui la bassine avec le protil et le labun. Il prend tout d’abord la poule, un couteau dans la main droite, la poule dans la main gauche. Il ouvre le bec de la poule et coupe dans le dessus de la bouche. Il baisse ensuite la tête de la poule au dessus de la bassine et laisse le sang couler pendant 30 secondes. Il donne ensuite deux coups de manche de couteau sur la tête et la poule et la met de côté et fait de même avec le coq. Il ne le laisse que 20 secondes au dessus de la bassine avant de lui donner un coup de manche et de le mettre de côté. Cela a dure moins de 2 minutes. Les animaux de côté de meurent pas tout de suite et sont achevés près de 5 minutes après à coups de tong (après qu’un homme ai essayé avec un CD qui trainait par là). 

 

La buche sur laquelle brûle l'encens

La buche sur laquelle brûle l'encens

Le sang n'a pas coulé

Le sang n'a pas coulé

Le protil et le labun avec le sang des poulets

Le protil et le labun avec le sang des poulets

Les aînés (qui ont participé à la prière initiale) se placent sous la maison faite en bâche. L’un d’eux a installé des gongs de tailles différentes (du plus grand, près du cochon, au plus petit, à l’autre extrémité). Les ainés s’installent, un « marteau » à la main, et jouent une musique (même air : battement du gong à des fréquences différentes). Cette musique dure environs 5 minutes. La musique jouée par les ainés sur les gongs était avant la musique sur laquelle ils dansaient quand il n’y avait pas de sono. En face, sur les planches, des hommes ont commencé à tailler les pailles pour boire le vin de jarre. 

Les gongs et les jarres

Les gongs et les jarres

Music!

Music!

Tailler les pailles dans les bambous

Tailler les pailles dans les bambous

Ce n’est que lorsque les hommes soulèvent le cochon pour le mettre dans la remorque pour aller à la rivière que le sang coule. Ils mettront alors la bassine avec le protil et le labun sous le cochon pour récolter le sang. Afin de hisser le cochon dans la remorque, les hommes enlèvent la corde verte pour nouer les pattes deux par deux (les avants ensembles, les arrières ensemble) et de passer un bâton entre le cochon et le bout de ses pattes. Il faut 5 hommes pour le soulever et le hisser dans la remorque, tirée par un motoculteur. Les deux poulets sont aussi embarqués sur la remorque, ainsi qu’une grande casserole en alu, qui va servir à mettre les entrailles. Les hommes prennent la direction de la rivière, où le cochon sera mis dans le feu afin de brûler les poils et de retirer la peau. Ce n’est qu’une fois dépecé et coupé que le cochon reviendra au village, environs 2 heures plus tard. Seuls les hommes partent dans la remorque, et des enfants suivent en vélo. 

Départ vers la rivière

Départ vers la rivière

14h20, le cochon revient (et nous aussi. Nous avons fait la pause déjeuner, et apportons un pack de bière Angkor, ce qui est plutôt bien reçu). Il est placé dans la maison communautaire, sur une des estrades, sur une bâche bleue. Des hommes découpent. Certains découpent le gras, d’autres découpent (hachent) la viande. Tous utilisent un couteau (de forme différente : du couteau effilé au hachoir), et certains utilisent une planche à découper (tronc, surtout ceux qui font le haché) tandis que d’autres s’appuient sur un morceau de viande pour couper le gras. Les entrailles du cochon sont mises à cuire dans la marmite. Un feu a été allumé dans la maison communautaire. Le feu a été allumé avec des déchets en plastique, et le bois que les femmes ont apporté est ensuite placé en étoile.

Un homme a met le sang coagulé du cochon dans la bassine avec le protil et le labun. Il mélange tout. 

Le chef du village vient nous trouver et discute un peu avec nous. Il raconte que par le passé, les invités qui assistaient au sacrifice et veulent quitter le village, s’ils n’avaient pas bu le vin de jarre et ni mangé la nourriture du sacrifice, ne pouvaient quitter le village : leurs jambes ne répondaient plus, ou leur mobylette tombait en panne. Mais c’était par le passé. Actuellement, il est possible de quitter le village sans boire ni manger. Et cela parce que les villageois croient moins en les Dieux ancestraux (ils croient en Bouddha), et qu’ils vont chez le docteur à l’hôpital avant de faire un sacrifice pour guérir. En conséquence, les Dieux sont moins puissants.

Le chef demande si nous désirons manger la même nourriture qu’eux ce soir. Si nous ne voulons pas, il peut demander pour préparer une nourriture différente, car comme nous ne sommes pas indigènes, nous ne sommes pas habitués à leur nourriture. Il nous dit aussi que nous ne devons pas manger beaucoup.  Nous lui répondons qu’il n’y a pas de problème pour manger leur nourriture. Il n'y a aucune obligation den manger avec eux, mais une simple règle de politesses. 

Découpe de la viande

Découpe de la viande

Viande hachée (phlea)

Viande hachée (phlea)

Marmite aux entrailles

Marmite aux entrailles

Au niveau de la nourriture, les hommes mélangent le gras coupé en dés avec la viande hachée. Ils ajoutent du chi (herbe aromatique), de la citronnelle, du piment, du bokreav (sorte d'ail), du sel et du MSG (monosodium glutamate). Ce sont les hommes qui ont lavé et coupé les légumes (citronnelle, bokreav) en petits morceaux.

Repas pour ce soir : rogniam (viande hachée)  et phlea (gras) mélangés avec les légumes mentionnés ci-dessus. 

15h

Les femmes arrivent pour préparer la nourriture "kap", à base de riz. Le riz provient de plusieurs familles (une dizaine) qui ont donné. Le chef du village a demandé à plusieurs famille de s'occuper de la préparation du riz (cuison, pilage).  D’un côté, du riz est mis dans de l’eau pour faire de la nourriture kap (ou ante). Ce riz sera ensuite pilé sans avoir été cuit. La kap sera mangée avec les entrailles du porc. Une autre partie du riz est mise dans un wok sur le feu, sans eau. Le riz pilé après avoir été grillé au wok sera mis dans la « phlea » (mélange gras et haché). 

Dans la maison communautaire, le mélange gras/haché est sur une grande bâche bleue. Les hommes y mettent le mélange de légumes, et y ajoutent la poudre de riz. Ils sont 6 à malaxer, à la main, le gros tas de viande . Une fois l’opération terminée (10 minutes), ils répartissent le tas dans deux bassines en alu. Une des bassines sera consommée durant la cérémonie, en accompagnement à la consommation de vin de jarre, et l’autre est disposée en petits tas que les gens peuvent venir chercher (un ou deux par famille) et emporter chez eux. 

Mélange de légumes

Mélange de légumes

Mélange de la viande (gras, haché, légumes, poudre de riz)

Mélange de la viande (gras, haché, légumes, poudre de riz)

16h10

Les hommes se rassemblent autour, et dans, l’espace sacré. Ils ont ajouté de l’eau dans la bassine de protil et de labun, qui est maintenant aux ¾ pleine d’un mélange rouge sang avec des taches jaunes/oranges et des tâches vertes. 7 hommes sont dans l’espace sacré. Au centre des bananiers, ils versent une partie du liquide en récitant des paroles. Ils demandent la protection des arek (esprits). Un homme verse de l’eau au dessus de la bassine en alu. L’eau coule d’une bouteille en plastique (bidon de 5 litres d’huile). Une fois ce rituel terminé, le groupe d’hommes fait le tour du village, avec la bassine en alu, afin de verser un peu du liquide devant les escaliers de chaque maison, en récitant à chaque fois des paroles de protection.

Une fois qu’ils sont de retour, la dernière étape de la cérémonie peut commencer. Les hommes se placent devant les 5 gongs (un par gongs) et recommences la même musique que celle qui a suivi le sacrifice. Cette fois-ci, le chef du village est accroupi devant un gong.

Les hommes bénissent ensuite les jarres de vin. Chacun prend une petite lamelle solide de bambou. Un homme a allumé une tige (sorte d’encens qui dégage de la fumée, mais peu d’odeur). Ils placent la tige sur le bord de chaque jarre qu’ils bénissent, vers le haut, et plongent leur lamelle de bambou dans la jarre. Ils la tournent (de manière à frapper la surface du liquide) en prononçant, encore une fois, des paroles de bénédiction. Ils répètent l’opération pour toutes les jarres, en commençant par les plus grosses. 

La bassine prête pour son usage final

La bassine prête pour son usage final

Tournée des maisons pour asperger leur entrée

Tournée des maisons pour asperger leur entrée

Fête du sacrifice au village - 2
Ce qui reste devant l'entrée

Ce qui reste devant l'entrée

Bénédiction des jarres de vin

Bénédiction des jarres de vin

17h

Nous passons à table. Une bâche bleue nous accueille dans la maison communautaire, à l’emplacement où les hommes ont coupé la viande. Sur la bâche, il y a une dizaine d’assiettes profondes avec du riz dedans. Il s’agit de riz du village cuit à la vapeur. Au centre de la bâche, des assiettes profondes contiennent de la nourriture kap, le mélange haché/gras, et de la viande (os) de porc avec une sauce au piment.

Le chef du village nous invite à prendre place. Il a rassemblé quelques personnes (plus d’une dizaine) pour manger avec nous. Nous avons la faveur de manger avant les autres, et quelques personnes mangent avec nous car ce n’est pas bien de laisser les invités manger seuls, comme l’explique mon voisin de droite. Derrière nous, il y a une longue bâche bleue avec les tas de mélange gras/haché prêts à être emportés.

Chacun de nous a donc une assiette de riz devant lui, et une cuillère asiatique en métal. Dehors, les gens ont droit aux bols en polystyrène blanc. Le chef du village va chercher les bières que j’ai achetées, et en distribue aux personnes présentes. Il y a deux femmes, et majoritairement des personnes âgées. Nous trinquons à plusieurs reprises (« sok sabaï »). Mon voisin de droite aimerait faire la discussion, mais il ne parle pas anglais. Avec l’aide de Sokheng, nous échangeons quelques mots anglais/khmer/kreung : delicious/chnang/niam,…

Une fois le repas terminé, nous sortons de la maison communautaire. Il nous faut maintenant boire du vin de jarre. Les homes ont déjà commencé à boire. Le « un petit peu » du chef de village se transforme en « une petite jarre pour vous trois » chez le jeune qui nous invite à boire. Pas question. Nous négocions : une boite de conserve pour nous trois. C’est entendu. Nous buvons chacun notre tour : Sokheng, Sopheara et moi. Ils nous avaient réservé une jarre, alors que toutes les autres sont déjà prises d’assault par les hommes. Visiblement, nous ne buvons pas assez pour les villageois. Qu’à cela ne tienne, ils sont d’accord que nous arrêtions le vin de jarre. Il nous faut maintenant danser. La sono est en effet en route depuis 20 minutes.

Le chef du village choisit deux personnes âgées, un homme et une femme. Il a placé une jarre au centre de la place, et indique aux personnes âgées qu’elles doivent s’accroupir près de la jarre et boire chacune une boite de conserve de vin. La musique se met en route, et nous formons un cercle autour d’eux. Nous sommes accompagnés de villageois, dont le chef du village. Nous avançons en cercle autour des deux personnes. Le pas est assez simple, en trois temps : avancer pied gauche, reculer pied droit, avancer pied gauche, avancer pied droit, reculer pied gauche, avancer pied droit. Les mains bougent : il faut les tourner, ensemble ou séparément. Nous dansons le temps d’une chanson, puis prenons congé de nos hôtes. Le chef du village et des aînés nous serrent la main. Ils veulent nous garder pour danser. 

Et de un : à table!

Et de un : à table!

Et de deux : boire le vin de jarre

Et de deux : boire le vin de jarre

Et de trois : danser autour de deux personnes âgées choisies au hasard (ou pas...)

Et de trois : danser autour de deux personnes âgées choisies au hasard (ou pas...)

La sono

La sono

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