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Boissons énergisantes au Cambodge

Publié le par anthropohumanisticienne critique

Les boissons énergisantes style Redbull sont légion au Cambodge. Parmi les marques, on trouve du Redbull, de la Bacchus (une boisson énergisante produite en Corée du Sud), de la Carabao (boisson thaïlandaise), la Mega Bite, la Royce Energy Drink. Une canette de Bacchus coûte 2.500 riels (0,62$, ce qui fait 0,48 euros).

La consommation de boissons énergétiques est importante. Si on laisse parler les chiffres, la Bacchus se vend comme des petits pains : le marché cambodgien représente 24% des ventes d’exportation de la Corée du Sud. Les ventes sont passées, pour la Bacchus, de 20 millions de dollars de bénéfice en 2009 à 27,3 million en 2012.

On peut aussi observer cette consommation importante : chez les étudiants bien entendu. Mais le chauffeur nous conduisant à Sihanouk ville a bu 4 canettes sur 6 heures de trajet. Il est cependant préférable qu’il boive cette boisson à de la bière, vu les conditions de circulation au Cambodge ! Cela dit, dans le même bus, des femmes buvaient des canettes de Redbull. Un expatrié vivant à Banlung a précisé que les enfants, parfois les bébés, buvaient ces boissons. Et, nouvelle venue sur le marché, une boisson gelée composée de taurine, d’inositol, de vitamine B et de caféine, la Red Dragon, importée du Vietnam. Les enfants raffolent de cette boisson aromatisée à la fraise. Un pot coûte 1000 riels (0,25$). Cela dit, en Europe, le sorbet Redbull a déjà ses clients, et les recettes se trouvent facilement sur internet.

Bilan sanitaire de cette consommation effrénée dans 10 ans. 

La boisson Red Dragon...

La boisson Red Dragon...

... a la couleur d'une fraise atomique...

... a la couleur d'une fraise atomique...

Le bon petit café du matin ou de l’après repas. Bon nombre d’entre nous ne peuvent pas s’en passer. Et ce d’autant plus s’ils boivent du café cambodgien. Ce café a en effet un goût de cacao, que l’on ne retrouve pas en buvant du café vietnamien ou thaïlandais.

 

Petit détour par l’histoire et les caractéristiques du café au Cambodge avant d’en venir aux explications de ce goût particulier. Le café fut introduit au Cambodge par les Français à la fin du 19ème siècle. Il fut également introduit au Vietnam et au Laos, ces trois pays formant l’Indochine (alors composée du Tonkin, de l’Anam, de la Cochinchine, du Laos et du Cambodge). Les premières plantations étaient situées à Hanoi, dans le Tonkin, avec des graines de café arabica provenant de la Réunion.

Actuellement, les graines produites proviennent majoritairement de la sorte « robusta ». La faible altitude (moins de 800 mètres) empêche la culture de l’arabica (excepté les espèces hybrides comme le catimor). Les provinces du Ratanakiri et du Mondolkiri, au nord du Cambodge, accueillent les cultures de caféier. Les montagnes Annamites s’étendent sur ces deux provinces (ainsi qu’au Vietnam et au Laos). Les sols rouges sont favorables à une multitude de cultures, dont l’hévéa, les noix de cajou, le poivre noir, et le café. Les populations indigènes produisaient ce café avant que la culture ne s’intensifie et ne soit, pour partie, reprise par des compagnies. Une compagnie comme Three Corner Coffee Roaster propose un café équitable en achetant directement aux fermiers et leur faire profiter directement de bénéfices sociaux. La Mondulkiri Coffee Company est implantée au Mondolkiri depuis 2008.

Plantation de café au Ratanakiri

Plantation de café au Ratanakiri

Baies de café

Baies de café

Ce café fut, et est toujours peu exporté. Le Vietnam était, en 2012, le premier exportateur mondial de café avec 1,2 millions de tonnes (ce pays exporte beaucoup de robusta). Le Cambodge exporte du café vert (vers le Vietnam surtout, et il revient au Cambodge torréfié) et torréfié. Il a produit 18 tonnes de café en 2009 et plus de 2.370 tonnes en 2011. De nombreux fermiers cultivaient le café avec la chute des prix en 2004. Le marché se porte mieux actuellement, mais il est toujours difficile pour les fermiers de faire du bénéfice. Ils vendent généralement leur café aux marchants vietnamiens, qui leur achètent à bas prix. Aussi, le marché s’étend et s’internationalise difficilement au vu du manque de contrôle de la qualité. De plus, le simple tambour de métal utilisé pour la torréfaction ne procure pas le goût recherché par les importateurs et les compagnies de café. Ainsi, le Three Corner Coffee Roaster n’utilise pas la méthode locale de torréfaction au tambour, mais une machine à torréfier à air chaud, afin de donner un goût plus doux aux graines, goût que les acheteurs désirent généralement.

 

Il y a plusieurs explications à ce goût si typique, et une certitude : les graines de café ne sont pas torréfiées avec du cacao. Selon une première explication, les baies de café sont ingérées par des belettes, ou des civettes. Les petits animaux ne digérant pas les graines, ces dernières sont rejetées dans les déjections. Les gens récupèrent ensuite les graines, les nettoient, et en fon du café. Il est vrai que le café le plus cher du monde, le kopi luwak, est fabriqué en Indonésie sur base des déjections des civettes. Un sachet de 370 grammes peut atteindre les 200 euros. Si l’information est intéressante (http://observers.france24.com/fr/content/20100716-cafe-plus-cher-monde-est-base-crottes-kopi-luwak-indonesie), il ne s’agit vraisemblablement pas du même café : le prix d’une tasse de café à Banlung est de maximum 1$.

La torréfaction du café fournit une autre explication, plus plausible. La torréfaction locale se fait dans des tambours en métal. Cette méthode donne aux grains un goût de brulé, de fumée. Le café est donc très fort au goût. Afin d’adoucir ce goût, les torréfacteurs locaux ajoutent du beurre ou de la graisse de porc aux graines qu’ils torréfient, afin de leur procurer un goût plus doux au final. D’autres additifs sont utilisés, comme les graines de soja, l’alcool, le maïs ou la chicorée.

Le Cambodge produit donc deux cafés : un au goût standard international destiné à l'exportation, et l’autre au goût local, consommé au Cambodge principalement. 

Torréfaction en rue à Phnom Penh

Torréfaction en rue à Phnom Penh

Pour une visite d’une plantation au Mondolkiri (en Khmer) :

http://www.youtube.com/watch?v=QZyqtCyqAA4

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